Les paysans suisses diront non par référendum à une baisse inacceptable des protections agricoles dans les négociations au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Ils pèsent de tout leur poids pour influencer l’attitude de la délégation suisse emmenée par Joseph Deiss au sommet de Cancun au Mexique. C’est de bonne guerre. Car la menace est réelle. Les documents préparatoires de la conférence laissent entendre que les deux éléphants du commerce mondial – l’Union européenne et les Etats-Unis – sont tombés d’accord sur un abaissement substantiel de toutes les formes de protections agricoles. Les paiements directs que la Suisse a pu jusqu’ici miraculeusement protéger des foudres libérales ne seraient pas épargnés.
La position de la Suisse est inconfortable. Son agriculture est la plus protégée du monde. Le revenu paysan provient à septante pour cent d’aides diverses. Les suivants dans ce palmarès sont les agriculteurs japonais et les Norvégiens protégés à soixante pour cent. Dans cette situation exposée, la Suisse sera condamnée à faire des concessions.
Un rejet, par référendum, du paquet agricole aurait des conséquences sérieuses pour la Suisse. Cela entraînerait, au mieux, son exclusion de toute extension de l’accord, qui comprend les services, l’industrie, la propriété intellectuelle, ce qui donnerait un avantage à l’ensemble de ses concurrents. Ce pourrait être, au pire, l’éjection pure et simple de l’OMC, si une majorité de trois quarts des membres décidait de punir un pays très riche qui refuse tout sacrifice. Dans tous les cas, la Suisse ne jouerait plus aucun rôle dans les négociations internationales.
Les Etats-Unis et leur force de frappe économique pourraient, sans grand dommage, se passer de l’OMC. Pas la Suisse. Une réglementation économique mondiale est le seul moyen, pour un petit pays, de résister à la sauvagerie de la loi du plus fort.
L’Union suisse des paysans, qui fédère la large majorité des organisations agricoles, sait bien que la voie solitaire est sans issue. Avec lucidité, elle a donné son feu vert à un rapprochement progressif avec le grand marché européen. Elle sait aussi qu’en bloquant tout accord avec l’OMC, elle perdrait le soutien des autres forces économiques du pays et, en même temps, d’une majorité parlementaire qui vote subventions et protections agricoles.
Si un accord à l’OMC est encore loin d’être sous toit, le référendum agricole est plus loin et plus incertain encore.
Edito: OMC illusoire isolement
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