Mode lecture icon print Imprimer

Système sanitaire: Le coût de la santé n’est pas une fatalité

icone auteur icone calendrier 14 septembre 2001 icone PDF DP 

Thématiques

La qualité des soins est bonne en Suisse. Tout le monde y a accès. Mais notre système est de loin le plus cher d’Europe. Et des pays qui dépensent presque deux fois moins que les Suisses, ont un régime sanitaire nettement plus performant.

Les Suisses ont raison de se révolter contre le niveau de leur primes d’assurance maladie. Le prix élevé de la santé n’est pas un gage de sa qualité. Le professeur tessinois Gianfranco Domenighetti le prouve dans une étude comparative internationale1. Avant toute comparaison, il s’agit de savoir comment on mesure la qualité des soins offerts à la population. La simple longévité ne peut être retenue. La durée de vie peut dépendre de l’environnement et son degré de pollution, du style de vie de la population et de son régime alimentaire. Pour juger de l’efficacité des soins, on retient plusieurs critères mesurables :
¥ la « mortalité évitable » grâce aux interventions médicales sur un certain nombre de grandes maladies.
¥ la mortalité maternelle et périnatale.
¥ la satisfaction de la population.
Ces critères de qualité sont mis en parallèle avec les dépenses consenties pour les soins. Le rapport entre le coût et le bénéfice permet de déterminer la performance de chaque système national de santé.

Point de rupture

Dans les pays en développement, quelques francs investis dans la santé sauvent des vies humaines. La relation positive entre les dépenses consenties et l’état sanitaire d’une population est évidente jusqu’à un certain niveau que le professeur Domenighetti fixe à 1700 dollars PPA2 par habitant. Au delà de ce point de rupture, les relations s’inversent. La Suisse a depuis longtemps dépassé le seuil de performance. Elle dépense 2800 dollars par habitant pour son système sanitaire. L’efficacité des montants investis est donc médiocre pour améliorer la santé de la population. La Suisse dépense beaucoup. Mais elle dépense mal. La satisfaction de la population est mitigée (indice 6 sur 10) et les indicateurs de santé ne sont pas meilleurs qu’ailleurs. En comparaison européenne, la Suède, la Belgique et les Pays-Bas ont un excellent système mais dépensent nettement moins : entre 1700 et 2100 dollars. Leur performance est notablement supérieure à la nôtre.
Le prix élevé de la santé n’est donc pas une fatalité. Demander une maîtrise de ces coûts ne signifie pas un rationnement des soins et la condamnation à mort des malades les plus chers ou les plus vieux. Il y a plusieurs explications à la médiocre performance économique du système suisse :
¥ La décentralisation des pouvoirs a interdit une planification hospitalière efficace.
¥ La rémunération « à l’acte » incite à la multiplication des actes.
¥ La richesse de la Suisse a longtemps permis de masquer le coût de la santé.
¥ L’assurance maladie est financée par les cotisations individuelles. Les patients payeurs n’ont pas la possibilité de faire pression sur les prix. Dans les pays où le système est plus largement financé par l’Etat, les dépenses sont mieux maîtrisées.
Si l’on accepte le diagnostic du professeur tessinois, un certain nombre de remèdes s’imposent. C’est une planification hospitalière autoritaire. C’est le développement des HMO et autres systèmes où le médecin n’est pas payé à l’acte. C’est la poursuite de la pression sur le prix des médicaments. C’est aussi la remise en question du financement actuel de l’assurance maladie qui ne responsabilise pas le patient mais charge lourdement les familles et les revenus modestes. at

1« Système de santé suisse 2001/2002 Ð Survol de la situation actuelle », éd. G. Kocher/ W. Oggier ; résumé dans La Vie économique 9-2001.
2PPA signifie « parité de pouvoir d’achat ». La simple conversion en dollars de chiffres nationaux est influencée par des taux de change aléatoires. Les économistes de l’OCDE corrigent ces comparaisons internationales en tenant compte du pouvoir d’achat réel dans chaque pays.

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Un point de vue de gauche, réformiste et indépendant
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Chaque semaine, par courriel, sur papier ou comme eBook (gratuit).

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/8575
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/8575 - Merci
fleche imprimer Envoyer Envoyer

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Discussion

Pas encore de commentaire.

Les commentaires sont fermés.