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Sommet social « Geneva 2000 »: Au-delà du grand bavardage

icone auteur icone calendrier 16 juin 2000 icone PDF DP 

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Pour les pessimistes, « Geneva 2000 » ne sera qu’un grand bavardage international. Pour les autres, la session extraordinaire de l’ONU sur le développement social qui s’ouvre le 26 juin à Genève contribuera, modestement, à donner une dimension sociale à la mondialisation de l’économie, à tempérer l’idéologie néo-libérale de l’OMC et du FMI.

Les nouvelles technologies de l’information et des télécommunications ont donné un rythme effréné à la mondialisation de l’économie dans les années nonante. Les bénéfices économiques de l’intensification des échanges internationaux sont évidents. Mais les retombées sociales de la mondialisation sont désormais au cœur des débats internationaux.
Une clause sociale pour accompagner la libéralisation des échanges mondiaux n’a été que vaguement mentionnée en 1994 à Marrakech, lors de la conférence constitutive de l’OMC, l’Organisation mondiale du commerce. Les Etats membres n’ont fait que constater leur désaccord sur le sujet.
En 1995, lors du premier Sommet social de l’ONU, les chefs d’Etat réunis à Copenhague se sont engagés notamment « à créer un environnement économique qui permette de parvenir au développement social ». Ces déclarations diplomatiques très vagues peuvent faire sourire. Mais elles reconnaissent la nécessité de marier efficacité du marché et équité sociale.
L’OMC n’a pas pu ignorer totalement les déclarations de Copenhague. La réunion ministérielle de Singapour de 1996 a dû reconnaître l’importance du respect des normes fondamentales du travail. Mais elle s’est empressée de renvoyer le paquet à l’institution internationale spécialisée, l’OIT, l’Organisation internationale du travail.
L’OIT, en revanche, a promptement relevé la balle lancée à Copenhague. Elle a adopté une convention sur l’interdiction des pires formes de travail des enfants. Elle a mené une campagne pour inciter tous les Etats de la planète à ratifier les grandes conventions existantes sur le travail. Avec succès, puisque vingt-sept pays se sont exécutés, dont la Suisse (voir encadré).
L’introduction d’un volet social accompagnant les règles commerciales était à nouveau à l’ordre du jour de la ministérielle de l’OMC, l’an passé à Seattle. La réunion a échoué dans un climat de combat de rues. La clause sociale s’est échouée en même temps.
« Geneva 2000 », qui prend officiellement la relève du sommet de Copenhague, va tenter de relancer le débat. En Suisse, le clivage des opinions est le même que dans la plupart des pays industrialisés.

La Suisse et « Geneva 2000 »

L’Union syndicale suisse veut que la violation des règles fondamentales du travail soit réprimée au même titre que les violations des règles commerciales de l’OMC. Les exportations du pays coupable seraient pénalisées par des droits de douane prohibitifs.
L’Union patronale est fermement opposée à toute sanction commerciale pour violation des règles sociales. Prenant vertueusement la défense des pays en voie de développement, le patronat suisse craint le dérapage protectionniste. Les nations riches brandiraient la clause sociale pour se protéger de la concurrence des pays à faibles salaires. L’organisation patronale reconnaît que ce protectionnisme pénaliserait également les multinationales implantées dans les pays à faibles salaires. La défense de Nestlé et autres Calida ne doit pas être négligée.
Les syndicats chrétiens développent une idée originale. Pour éviter tout risque de dérapage protectionniste, seule l’OIT serait habilitée à proposer des sanctions pour violation des droits fondamentaux du travail. L’OMC n’aurait pas d’autre rôle que d’appliquer les sanctions.

Un chemin de traverse

La Suisse officielle ne s’avancera pas sur le chemin brûlant des sanctions. Mais pour ne pas rester inerte, elle proposera une « Initiative multilatérale ». Les grandes organisations internationales, l’OIT, l’OMC, le FMI et la CNUCED devraient se réunir pour examiner en commun les conséquences sociales de la mondialisation de l’économie. L’initiative suisse a déjà l’appui des Etats-Unis et de l’Union européenne. Elle devrait aboutir.
Aucun miracle ne surgira de ce raout international. Mais l’argumentation des ministres et fonctionnaires sensibilisés aux questions du travail devrait influencer les réflexions manichéennes des spécialistes de la finance et du commerce mondial. Dans leur propre intérêt. Car, comme l’affirme de directeur général de l’OIT, si le modèle actuel de mondialisation ne change pas, il se heurtera à une résistance toujours plus grande. at

La Suisse ratifie

La Suisse a longtemps boudé la convention de 1976 sur les « consultations tripartites destinées à mettre en œuvre les normes internationales du travail ». Ladite convention prévoit une concertation sociale entre patrons, syndicats et représentants des pouvoirs publics. Il y a vingt-cinq ans, la participation de l’Etat était considérée comme une ingérence inadmissible dans le dialogue social. Pour faire un geste en faveur des textes fondamentaux de l’OIT, la Suisse a enfin ratifié cette convention en mars 2000.
Pour répondre à toutes les exigences de la convention de 1999 sur l’interdiction des pires formes de travail des enfants, la Suisse a inscrit dans la loi sur l’armée et l’administration militaire l’interdiction de la conscription au-dessous de dix-neuf ans.

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