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Nouvelle poste: Fils de syndicaliste contre syndicat

icone auteur icone calendrier 8 janvier 1998 icone PDF DP 

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Révolutionner La Poste sans s’aliéner le syndicat et le personnel. Jean-Noël Rey s’efforce de réussir cet exercice acrobatique. Contrairement à son collègue démocrate-chrétien Rosenberg qui renonce à piloter Swisscom vers la déréglementation, le socialiste Rey reste à la barre et maintient le cap.
Mais il diminue la vitesse pour apaiser la plus forte tempête de mécontentement.

La grande nouvelle économique de l’année 1998 est certainement la libéralisation des télécommunications en Europe et dans le monde. La concurrence va profiter aux consommateurs. Elle n’effraie guère le personnel de Swisscom. En croissance explosive, le secteur reste favorable à l’emploi. La mutation technologique des télécommunications est donc plus stimulante qu’inquiétante. Il en va autrement pour la Poste, séparée désormais de Telecom-PTT. Pour survivre dans un univers déréglementé, Swisscom devait voler de ses propres ailes et cesser de renflouer le service postal. Un défi de taille. Le déficit de la poste atteignait 800 millions en 1991.
Jean-Noël Rey s’est déclaré d’emblée partisan de la scission des PTT qui impose l’équilibre des comptes pour les deux entreprises. Il n’avait d’ailleurs pas d’autre choix que de se démettre ou d’orchestrer la révolution. Son équipe s’est donc mise au travail sans attendre le prononcé officiel du divorce. Résultat financier inespéré : le déficit opérationnel a déjà disparu l’an passé. Mais d’autres difficultés s’annoncent pour demain. Le courrier électronique est en forte progression. Et l’Union postale universelle prédit que le trafic des lettres perdra 15 à 20% du marché en moins de dix ans.

Trois options stratégiques

La réforme de La Poste est basée sur trois objectifs stratégiques : maintien partiel des privilèges de l’ancienne régie, conquête de nouveaux marchés et baisse des coûts.
Au titre des privilèges d’abord, la Poste conserve le monopole pour tous les envois inférieurs à deux kilos. Plus libérale, l’Union européenne recommande une ouverture à la concurrence à partir de 350 grammes déjà. Si large soit-il encore en Suisse, le monopole est cependant rongé de l’intérieur. La distribution de publicité dans les boîtes à lettres par des messageries privées fleurit jusque dans les petites villes. La Poste ne peut contrer cette concurrence offrant des salaires dérisoires.
La conquête de nouveaux marchés, le deuxième objectif, c’est bien sûr l’extension du service des paiements. La Poste vend déjà des fonds de placement. Elle offrira demain des polices d’assurance et des comptes d’épargne. L’informatique améliorera les services existants. Et forte de son réseau de 3700 bureaux, la Poste ambitionne de concurrencer les banques, sauf dans le secteur des prêts. Le trafic plus rentable de l’argent devrait à l’avenir renflouer le service toujours déficitaire des paquets et des lettres.
Pour abaisser les coûts, la Poste multiplie les réorganisations territoriales et les investissements de rationalisation, comme c’est le cas notamment pour la distribution des paquets. Mais la distribution postale se fera toujours par des femmes et des hommes. Et c’est eux qu’il faut aussi « réorganiser » et «rationaliser».

Les emplois et les rythmes de travail

La Poste occupait 42 000 personnes au début de la décennie. L’effectif est aujourd’hui réduit à 37 000 et la direction annonce encore 2000 suppressions d’emploi, sans licenciement. Mais comme le trafic postal et le volume du travail ne diminuent pas, il faut donc accélérer les rythmes. Berne renforce le contrôle du nombre des envois triés et distribués par chaque employé. Pour le syndicat, cette course au rendement détruit l’esprit d’entreprise et le sens du service public. Le facteur n’est plus le lien social ou l’assistant de la petite vieille isolée.
Le personnel ne cache pas son mécontentement. Jean-Noël Rey, fils d’un pionnier du syndicalisme valaisan, a reçu une brassée de cactus lors du Congrès de l’Union PTT il y a quelques semaines à Martigny. En rédigeant il y a 25 ans sa thèse sur le mouvement ouvrier, le jeune universitaire Rey ne pensait sans doute pas qu’il serait un jour la cible de la grogne syndicale.
La contestation d’ailleurs se poursuit. On apprenait mi-décembre que la Poste s’apprêtait à signer contrat avec le groupe Vis à Vis. Les petits bureaux de poste non rentables auraient collaboré avec l’épicerie de village pour maintenir une activité commerciale dans les régions retirées. Le syndicat a carrément mis les pieds au mur. Un buraliste postal ne saurait devenir épicier. Jean-Noël Rey a retiré son projet. Pour l’instant tout au moins. « Je propose d’aller au rythme de l’évolution des gens » rappelle le patron de La Poste. Il est sans doute allé cette fois trop vite. La négociation a repris. Mais le syndicat ne semble pas avoir d’alternative valable pour maintenir en vie 3700 bureaux de poste. at

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