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Organismes génétiquement modifiés : La céréale de la discorde

L’EPFZ a décidé de lancer son essai de plantation de blé transgénique à Lindau. Il s’agit de la première expérience de culture de céréale transgénique en plein air en Suisse, un événement scientifique qui va faire date. Greenpeace a mené ces derniers mois une campagne très énergique pour s’opposer à cette expérience, ainsi qu’à toute culture d’OGM en plein air. Nous n’entrerons pas dans la polémique qui touche au danger de dissémination lié à ce type de culture. Il nous paraît plus utile de souligner quelques points liés au produit testé dans le cas précis. Il s’agit donc de blé transgénique, conçu pour que la plante soit capable de résister à une maladie, la carie du blé. Le test de Lindau s’inscrit pour le moment dans le cadre d’un processus de recherche, mais il est probable et logique qu’à moyen terme, l’idée soit de rendre le blé en question commercialisable. Mais y a-t-il une demande réelle pour ce type de produit et apporterait-il vraiment un plus à ses utilisateurs ?
Il est intéressant de constater que l’on trouve, aux côtés des environnementalistes de Greenpeace, plusieurs associations paysannes, pour s’opposer aux essais de Lindau. Il y a là IP Suisse (Association Suisse des paysannes et paysans pratiquant la production intégrée), Bio Suisse (Organisation faîtière suisse des paysans bio) ainsi que l’Association des petits et moyens paysans (VKMB). Ceci n’a rien de surprenant. En effet, la Suisse promeut, depuis plusieurs années, une agriculture durable basée sur la production biologique et intégrée. Or cette démarche est tout à fait incompatible avec la culture d’OGM, ne serait-ce que pour des raisons de traçabilité des produits. Les paysans suisses ne veulent pas le blé de Lindau.

Les produits transgéniques mal-aimés
Si le blé transgénique est appelé à être cultivé, il devrait aussi être intégré à des produits alimentaires, puis consommé. Or, là aussi, on voit que les oppositions sont nombreuses. L’Association suisse des patrons boulangers-pâtissiers, grands utilisateurs de blé, s’est liée à la campagne anti-OGM de Greenpeace. C’est également le cas de la Fondation pour la protection des consommateurs. Les Suisses ne sont effectivement pas pressés de trouver du pain ou d’autres produits d’origine transgénique sur leurs étals ou dans leurs assiettes. Leur appréhension a d’ailleurs été entendue par les grands distributeurs, qui refusent de commercialiser de tels produits. On se demande donc à qui serait destiné ce fameux blé de Lindau, une fois le processus de recherche abouti : une partie importante des paysans comme des consommateurs semble d’emblée le rejeter.
Mais quel est, au fond, l’avantage de cette céréale modifiée, qui suscite si peu d’enthousiasme en dehors des chercheurs ? La question a du sens, dans la mesure où la carie du blé, qui est à l’origine de la modification en question, n’est pas vraiment considérée comme un problème important. Les agriculteurs peuvent en effet d’ores et déjà lutter contre elle par des méthodes douces comme la désinfection à l’eau chaude ou à la farine de moutarde. Dans ce contexte, pourquoi n’investit-on pas plutôt dans le développement d’une agriculture écologique et durable, celle qui est, au fond, appelée de ses vœux par la plupart des agriculteurs et des consommateurs de ce pays ? Il y a là aussi des axes novateurs et passionnants pour la recherche.

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