Si un mot a le vent en poupe, c’est bien la «crise».
L’étude des titres des principaux journaux romands, depuis l’an 2000,
montre une progression significative de ce terme. On évoque avec
insistance la crise économique, la crise du logement, différentes
crises politiques ou sportives. Tout semble aller de travers et force
indicateurs sont là pour le démontrer.
Pourtant, loin d’être un
simple fait, la crise n’est bien souvent qu’un instrument du discours
politique. Elle construit la nécessité de changements drastiques, là où
des adaptations pourraient suffire. Elle invite à des actions
spectaculaires et urgentes, là où une réflexion à long terme est
souhaitable. Rien d’étonnant à ce que le président de l’UDC, Ueli
Maurer, annonce que «nos institutions sociales sont également en
crise». Lorsque les «œuvres sociales» sont «proches de la ruine», il
est plus facile de proposer des remèdes de cheval. Pascal Couchepin
n’agit pas différemment dans le domaine de l’AVS ou de l’assurance
maladie.
C’est dans ce contexte que paraît un nouveau volume de la
collection «Le savoir suisse» : Une Suisse en crise. On ne niera pas
l’intérêt de cet ouvrage de Jürg Altwegg, chroniqueur de la Frankfurter
Allgemeine Zeitung. Il retrace, avec un certain talent, quelques-uns
des événements qui ont marqué les dernières décennies de la vie
politique et culturelle suisse. Le style patchwork ne permet
malheureusement pas toujours de bien saisir le propos de son auteur. La
synthèse n’en reste pas moins intéressante, en ce sens qu’elle donne un
bon aperçu de l’état d’esprit de notre pays au moment de changer de
millénaire.
On en retiendra ce point fondamental. Jürg Altwegg
cherche essentiellement à décrire «l’une des grandes crises
intellectuelles et morales» de l’histoire de notre pays. En plaçant le
débat au niveau des idées plutôt que de l’économie, il montre bien que,
si la Suisse vit ou a vécu une crise, celle-ci est tout d’abord un
problème d’imaginaire collectif, un problème de confiance en soi et en
ses autorités. La crise est, à bien des égards, un cercle vicieux de la
pensée. Elle se nourrit d’elle-même, créant les conditions de sa propre
existence. Pour en sortir, nul besoin de réformer de fond en comble nos
institutions ; peut-être suffit-il simplement de changer de point de
vue et d’état d’esprit.
Journaux en ligne : Le Temps (Europresse), 24 heures, Le Matin, Tribune de Genève
(Archipresse)
UDC, Service de presse, 4 août 2003
Jürg Altwegg, Une Suisse en crise. De Ziegler à Blocher, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne, 2004.


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