Assurance Invalidité : Premières salves post-électorales

Jean Christophe Schwaab
16 janvier 2004
DP 
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La rentrée politique de Peter Hasler, directeur de l’Union patronale suisse reprend un thème de campagne cher à l’Union démocratique du centre : les abus dans l’assurance invalidité (AI). Ce parti, maître à penser de la chasse aux abus de tous ordres, annonce aussitôt qu’il soutient les revendications patronales. Moins d’une semaine plus tard, le nouveau conseiller fédéral UDC Christoph Blocher s’en prend aussi aux «faux invalides», au cours d’un discours pourtant qualifié de «modéré» par la presse. L’AI est en effet une cible idéale. Son déficit est le plus grand et la croissance de ses dépenses la plus importante de toutes les assurances sociales. Le commun des mortels ne s’y identifie guère, car il n’imagine pas y faire recours, contrairement à l’AVS par exemple. Le citoyen moyen considère en outre l’expression «il est à l’AI» comme dégradante, voire infamante.

La sécurité sociale
en point de mire
On ne peut nier les problèmes de l’AI, les abus non plus, et c’est ce qui rend la tâche de Peter Hasler et de ses alliés plus facile. Les médecins qui profitent des demandes de rentes AI sont peu nombreux, mais ils existent. De même, chacun peut citer dans son entourage un ou plusieurs rentiers dont l’incapacité apparente de travail ne paraît pas justifier une «mise à l’AI». Toutefois, ces abus sont suffisamment peu nombreux pour qu’il soit trompeur de leur attribuer la responsabilité du mauvais état de l’AI.
Ce n’est pas aux abus qu’en veulent UDC et patronat, mais bien à la protection sociale en soi. La «chasse aux abus» n’est qu’un prétexte pour réduire les prestations et les dépenses de l’AI sans avoir à attaquer de front le système des assurances sociales. Preuve en est le simplisme des solutions développées par Peter Hasler : une taxe de cent francs par recours (pour limiter ces derniers) et un réexamen systématique des rentes tous les un à deux ans. On peut douter du sérieux de la première mesure : ce montant ne découragera pas de nombreux recourants. Elle est également anti-sociale : cent francs représentent une somme importante pour de nombreux invalides. Quant à la seconde, sa mise en pratique semble difficile : comment ne pas faire exploser les coûts administratifs ? Et quel est l’intérêt d’un réexamen lorsque le degré d’invalidité ne se modifie pas (le réexamen existe déjà quand l’état de la personne change) ?
Les effets de manche du patronat ne doivent pas occulter les vraies causes des problèmes de l’AI. Des rapports de travail toujours plus flexibles, des travailleurs de plus de cinquante ans dont l’économie ne veut plus et des diminutions des indemnités chômage, Peter Hasler ne dit mot. Pourtant, un effort du patronat sur ces points contribuerait certainement à diminuer la croissance des dépenses de l’AI.
Le patronat contre
l’augmentation de la TVA
Plutôt que de trouver de véritables solutions pour l’AI, il s’agit pour le patronat de préparer le terrain contre l’augmentation de la TVA (soumise au peuple en mai) destinée à financer le premier pilier. L’UDC a déjà annoncé son opposition depuis longtemps.
Plus encore que des propositions de l’Union patronale, il faut s’inquiéter de l’absence de réaction des syndicats, alors que l’UDC est aussitôt revenue à la charge, démontrant une fois de plus son professionnalisme de la communication. La bataille sociale se gagne aussi dans les médias et, de ce point de vue, la gauche est mal partie. Il serait temps qu’elle se rattrape.

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