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Hautes écoles : Bachelor ou master : pour quelle réforme universitaire ?

Un des principaux objectifs de la réforme des hautes
écoles inscrite au cœur du «processus de Bologne» (voir entre autres DP
n° 1546) est l’introduction des nouveaux titres eurocompatibles dits
bachelor (d’une durée de trois ans) et master (deux ans
supplémentaires), en remplacement des actuels licence ou diplôme
(quatre ans au minimum). Les études seront scindées en deux modules et
les autorités universitaires doivent déterminer le diplôme standard de
fin d’étude (c’est-à-dire celui que les diplômés ont en principe en
poche lorsqu’ils quittent leur haute école).
Ce terme de «titre
standard» a son importance : c’est en fonction de ce titre qu’est
calculée par exemple la durée des bourses d’étude. Le monde
universitaire s’accorde majoritairement sur le fait que c’est le master
qui doit être ce titre standard, car c’est lui qui ouvre les portes
d’un doctorat ou d’une carrière académique. Le bachelor de trois ans
est, quant à lui, jugé trop court.
Les conditions d’accès au master
sont en ce moment l’objet d’un débat ardu : le titulaire d’un bachelor
doit-il pouvoir s’inscrire librement ou au contraire remplir certaines
conditions pour accéder à certains masters spécialisés ? Les
universités peuvent-elles, pour restreindre l’accès au master, exiger
des conditions spéciales (comme des écolages élevés ou une sélection
sur dossier) ? A la clef, le risque d’exclure de nombreux étudiants des
carrières académiques, particulièrement celles et ceux qui ne disposent
pas de moyens financiers suffisants.

Les risques d’un accès
restreint au master
La
Conférence Universitaire Suisse (CUS), l’organe stratégique commun des
cantons universitaires et de la Confédération, est en train de fixer
les conditions d’accès au master. Elle souhaitait au début une pratique
plutôt restrictive : les universités et Ecoles Polytechniques Fédérales
(EPF) n’auraient dû offrir l’accès automatique qu’à un seul master à
chaque titulaire de bachelor. Elles auraient été ensuite libres de
restreindre l’entrée dans les autres masters. Cela correspondait au
souhait des milieux économiques, qui désirent voir les étudiants
quitter les hautes écoles le plus vite possible, afin d’entrer sur le
marché du travail. Sous la pression des étudiants et de nombreux
acteurs romands de la politique universitaire favorables à un large
accès au master (dont les deux conseillers d’Etats socialistes en
charge de l’instruction publique des cantons de Genève et Vaud), la CUS
a maintes fois différé sa décision. Elle devrait l’avoir arrêtée
définitivement le 4 décembre.
La CUS doit éviter de renforcer
l’élitisme des études universitaires en élargissant l’accès au master.
Il y va de l’intérêt de la place académique et de l’économie suisses de
ne pas pousser la majorité des étudiants vers le marché du travail avec
en poche un diplôme de moindre qualité (le bachelor). Si les hautes
écoles ne devaient proposer qu’un seul master sans conditions à chaque
titulaire de bachelor, elles ne manqueraient pas d’en faire des cursus
très généraux et de proposer à une minorité d’étudiants des masters
plus «pointus», qu’elles assortiraient de conditions d’accès
drastiques. Les diplômes les plus recherchés ne seraient donc plus
accessibles à chacun.
Un accès sélectif au master mettrait également
en péril un des objectifs majeurs du processus de Bologne : promouvoir
la mobilité estudiantine grâce à une reconnaissance facilitée des
titres. S’il est communément admis que la mobilité sera plus difficile
qu’actuellement lors de la préparation d’un diplôme, elle sera
encouragée entre deux modules : un étudiant pourra faire son bachelor
dans une haute école et son master ailleurs. Si les universités et EPF
sont autorisées à restreindre l’accès de la plupart des masters, les
possibilités de mobilité seront réduites.
La CUS doit donc obliger
les hautes écoles à ouvrir l’accès au master. Un titulaire de bachelor
doit avoir le choix entre plusieurs masters dans des branches, voire
des domaines différents, aux mêmes conditions d’accès que celles des
bachelors. Sinon, les carrières académiques seront de facto réservées à
quelques élites.

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