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Mouvements sur l’échiquier

Dimanche dernier à la télévision romande, ChristophBlocher avait l’air fatigué, comme un vieil ours à qui l’on aurait rogné les griffes. Pour la première fois depuis le vote sur l’Espace économique européen, en 1992, le chef de fil de l’UDC avait le regard du vaincu. Car l’UDC ou l’ASIN peuvent crier haut et fort que le résultat est à l’arraché, que la majorité des cantons n’est pas atteinte, le décompte est arithmétiquement clair : le peuple suisse a accepté l’armement des soldats suisses à l’étranger, tout comme la coopération en matière d’instruction.
On l’a beaucoup dit, ce vote avait va-leur de symbole. Tant pour l’armée, qui ainsi se paye une virginité un peu fanée ces dernières années que pour le Conseil fédéral, pressé de donner un timide élan à sa volonté d’ouverture. Mais s’imprime, au-delà des symboles ordinaires, un imperceptible infléchissement de politique intérieure.
Constatons d’abord que sur le dossier militaire, l’UDC s’est sabordée elle-même.
Si le parti s’est placé en ordre de marche derrière son leader, des personnalités de l’UDC ont émargé de l’unanimisme partisan et ont réussi à faire basculer le vote dans leurs cantons respectifs. Rita Fuhrer à Zurich, Ulrich Siegrist en Argovie et
bien sûr Samuel Schmid dans le canton de Berne. Trois politiciens accessoirement candidats au Conseil fédéral et qui s’étaient engagés au moment de la succession Ogi, pour l’envoi de soldats suisses à l’étranger. Où l’on s’aperçoit que l’on peut rester collégial sans être élu au Conseil fédéral ?
C’est donc la toute-puissance de Christoph Blocher à l’intérieur de son propre camp qui se fissure, offrant ainsi des brèches à celles et à ceux qui tentent d’enrayer une politique jugée trop populiste. La provocation triomphante du leader zurichois s’est trouvée brocardée par le sérieux de personnalités incarnant la responsabilité gouvernementale. Autre indicateur, secondaire, mais non négligeable : dans les corps professionnels s’occupant de sécurité, les intérêts substantiels semblent primer sur les idéologies. Policiers et militaires, traditionnellement conservateurs,jouent aujourd’hui la carte de l’ouverture. Par calcul plus que par conviction, ils s’aperçoivent que leurs activités Ð lutte contre le crime organisé ou défense militaire par exemple Ð passent obligatoirement par une coopération avec l’étranger. Les héros du réduit national se trans-forment en zélés défenseurs d’une politique étrangère résolument tournée vers l’extérieur.
Ces indicateurs n’annoncent bien sûr pas de véritable changement des mentalités. Et ne préjugent en rien du résultat du vote sur l’adhésion de la Suisse à l’ONU. C’est sur les immuables valeurs helvétiques que s’est appuyé le Conseil fédéral pour faire campagne: souveraineté, fierté nationale, neutralité.Reste que si le pays est encore bien cloisonné, le champ politique, lui,
est peut-être un peu plus ouvert. GS

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