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Note de lecture: Comment croire au pire quand on est jeune ?

icone auteur icone calendrier 22 septembre 2000 icone PDF DP 

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En fait c’est assez rassurant : avec Pascale Kramer on sait dès le départ que l’histoire qui nous est racontée sera tragique. La seule question est ensuite de savoir à quel moment se noue le drame. Les Vivants, le cinquième opus de Pascale Kramer n’échappe pas à cette règle. Comme dans ses livres précédents, l’auteure nous amène, sans en avoir l’air, vers le tragique.
Un tragique qui reste relié à la vie par les couleurs, les parfums, les corps. Dans Les Vivants, il fait beau, trop beau peut-être, le soleil frappe les têtes, la terre est sèche, l’ombre rare. L’histoire se situe dans un grand nulle part, aux confins d’une campagne traversée par l’autoroute. Au fond, les indices de l’existence ne font que révéler l’imminence du deuil, les lumières aveuglantes la présence de l’obscurité.
Dans les précédents romans de Pascale Kramer, le récit était construit en boucle, ou en parenthèse, qui se fermait sur les personnages le livre terminé. Dans Les Vivants, il y a comme une échappée, un ciel. Louise, son mari et son jeune frère Benoît vivent ensemble le drame de la mort accidentelle des deux enfants du jeune couple. Alors que la jeune mère dépérit courageusement, les deux hommes démissionnent et l’abandonnent ; mais ils s’en sortent.
La question pourrait être : comment une mère, comment une famille survit-elle après que les deux jeunes enfants ont péri dans un accident ? Que faire avec la culpabilité, le désespoir, comment les partager, comment les cacher ? Que faire avec un amour mort sur les bras, que faire d’une jeune mère défaite, enfermée dans son silence et dans sa douleur ?
Mais comme dans ses œuvres précédentes Manu, Le bateau sec, Onze ans plus tard, Pascale Kramer ne raconte pas un drame réaliste ; on n’apprend rien, on ne se dit pas « comment aurais-je réagi à la place de la mère ? » ; ce n’est pas un sujet de société ou un témoignage, ou un vécu. On n’est pas véritablement ému par la tragédie, juste saisi d’effroi, pétrifié. Et c’est tout le talent de Pascale Kramer : montrer que la véritable tragédie, après les deuils, c’est l’immobilité. gs

Pascale Kramer, Les Vivants, Editions Calmann-Lévy, Paris, 2000.

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