La bonne nouvelle, c’est que la reprise touche enfin notre pays, nos banques et notre taux de chômage. La Suisse, ankylosée par une crise sans précédent depuis le début des années 90, se remet à croire à son avenir et à la santé de son économie. Ce n’est plus un frémissement, c’est un véritable élan. La preuve, nos conseillers fédéraux, Couchepin et Ogi en tête, ne cessent de nous le dire.
La mauvaise nouvelle Ð on en parle un peu moins Ð c’est que, étrangement, les salaires ne suivent pas le mouvement. Ou pour être plus précis, certains salaires prennent l’ascenseur alors que d’autres stagnent, pire, diminuent. L’Office fédéral de la statistique vient de l’annoncer. L’enquête suisse sur la structure des salaires montre que l’écart entre les hauts et les bas salaires se creuse, laissant un nombre important de salariés en-dessous de l’augmentation du coût de la vie (lire le dossier de l’édito en pages 2-3).
Bien sûr, ces résultats n’ont pas de quoi nous surprendre. La croissance économique actuelle génère ses exclus, hommes, femmes, étrangers, de faible formation, et récompense les jeunes, bien formés, rompus aux sciences de l’informatique, de la recherche ou de l’économie.
Mais si le constat n’étonne guère, difficile de minimiser l’écartèlement constant et surtout progressif des salaires en Suisse. Au contraire, il implique d’imaginer des réponses permettant un redressement de la tendance et une valorisation plus équitable du travail. Sous peine de voir, à terme, une part importante de la population contrainte de faire appel au filet social. Dans des secteurs tels que l’hôtellerie-restauration, le cartonnage, le commerce de détail, l’agriculture, le nettoyage, les revenus mensuels pourtant déjà modestes, tirent vers le bas, obligeant des salariés à faire recours aux collectivités publiques afin d’assurer leur minimum vital.
Premier objectif : les partenaires sociaux doivent engager des négociations en vue d’améliorer les conditions salariales dans les secteurs mal rémunérés.
Les syndicats l’ont compris puisqu’ils font campagne pour que soit inscrit dans les conventions collectives de travail un salaire minimum de 3000 francs nets.
Dans les branches régies par une CCT, les salaires Ð qui ont stagné pendant toutes ces années de crise Ð doivent s’adapter à l’augmentation du coût de la vie. Certains employeurs le reconnaissent et introduisent aujourd’hui une hausse généralisée des salaires au sein de leur entreprise.
Enfin, un levier essentiel d’amélioration à moyen terme consiste à revaloriser les filières de formation professionnelle duale, et développer les possibilités de perfectionnement en cours d’emploi. GS
Les exclus de la croissance
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