Le 28 mars, à Fribourg, l’Oeuvre suisse d’entraide ouvrière (OSEO) organise un colloque sur « Les entreprises sociales, une réponse à l’exclusion du travail ». Pour faire le point, interview par gs d’Yves Ecœur, responsable de l’OSEO Valais et organisateur du colloque.
Qu’est-ce qu’une entreprise sociale ?
Il s’agit d’entreprises actives sur le marché (donc en concurrence) qui rassemblent les traits distinctifs suivants : la finalité de l’entreprise n’est pas de servir les intérêts des détenteurs du capital mais d’atteindre des objectifs sociaux ; les participants qui y travaillent et qui bénéficient de leurs services sont souvent des personnes ayant des difficultés sur le marché du travail ; les structures et les règles des entreprises sociales sont orientées vers une participation démocratique, indépendante de la possession du capital ; les prestations sont de nature entrepreuneuriale et doivent permettre un autofinancement maximum de la structure.
Les milieux économiques s’opposent à la création d’entreprises sociales par crainte de la concurrence. Est-ce un risque réel ?
Il n’est pas sûr que les milieux économiques s’y opposent. En effet, les entreprises sociales existantes à l’étranger collaborent étroitement avec l’économie privée tout en lui faisant concurrence. On reconnaît la légitimité des entreprises sociales qui emploient des personnes avec un handicap physique ou psychique reconnu. Mais il n’y a pas encore de droit à être sur le marché en utilisant des personnes avec un handicap « socioprofessionnel ». L’objectif est donc que ce droit soit reconnu.
Il reste aujourd’hui un socle de chômeurs difficilement réinsérables, en raison de leur manque de qualification. Le système des entreprises sociales est-il une réponse à ce problème ?
A mon avis, c’est moins l’absence de qualifications techniques qui est dommageable aux personnes sans emploi que divers obstacles institutionnels qui les pénalisent (par exemple le coût du deuxième pilier pour les personnes âgées). Le problème réside aussi dans le manque de productivité directe d’une partie de la main-d’œuvre, qui ne peut de ce fait être engagée. Un effort sur les compétences de base doit se faire dans les entreprises sociales. Beaucoup de savoir-faire existent et demeurent inutilisés. Des entreprises sociales peuvent contribuer à faire (re)connaître ces compétences et savoir-faire.
L’Etat ne devrait-il pas pousser les entreprises existantes à embaucher des chômeurs plutôt que de créer des entreprises sociales ?
Il n’y a pas une réponse définitive dans la lutte contre l’exclusion. Cependant, les expériences des pays qui nous entourent montrent qu’un allégement des charges sociales n’a que peu d’effet sur les embauches de personnes vraiment défavorisées car les entreprises choisissent les meilleurs, avec les allégements fiscaux à la clé et ne font pas grand-chose pour les plus éloignés du marché du travail.
Renseignements : colloque@oseo.ch ou yecoeur@oseo.ch. Pour écrire : OSEO Valais, Dixence 8, 1950 Sion.





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