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Réforme de l’administration: Le salaire au mérite ne profite à personne

icone auteur icone calendrier 15 octobre 1999 icone PDF DP 

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L’heure est aux réformes de gestion des administrations publiques. Mais au lieu de s’engager avec de nouveaux instruments vers une modernisation de l’Etat, les collectivités publiques adoptent des solutions simplistes, qui suscitent le mécontentement des salariés. Un exemple, le salaire au mérite.

Il y a la réforme, il y a le gadget. Les collectivités publiques séduites un peu rapidement par les modes de la nouvelle gestion, alarmées par l’état de leurs finances confondent l’une et l’autre. Et, tout le monde le sait, l’empressement rend aveugle.
Le gadget à la mode, cet automne, c’est le salaire au mérite. ça fait longtemps qu’on en parle, il commence à être sérieusement évoqué dans certaines administrations. Avec des succès divers. Il y a les cantons où ça résiste : le gouvernement et le Grand Conseil neuchâtelois ont suscité la colère des fonctionnaires en imposant la suppression des augmentations automatiques et l’introduction d’une augmentation liée à la prestation. Dans le canton de Vaud, le salaire lié au mérite faisait partie des anciens projets du Conseil d’Etat, projets qu’il a dû abandonner à la suite des importantes manifestations de salariés. Les propositions actuelles du gouvernement vaudois sont encore trop floues pour dégager une véritable orientation concernant le salaire au mérite. Il y a les cantons où la réforme a passé sans heurts. Berne, Zurich, le Valais ont introduit, sans résistance syndicale, une annuité dépendant de la satisfaction des objectifs. Enfin il y a les gouvernements qui en prennent le chemin : le Conseil national a adopté la semaine passée la suppression du statut du fonctionnaire. Dans la foulée, y est inscrite l’augmentation du salaire liée à la prestation.
Disons le tout net : le salaire au mérite est inutile et contre-productif. Les collectivités publiques croient ainsi adopter une politique moderne du personnel alors qu’elles ne modifient en rien le fonctionnement classique de l’administration, sa structure et l’organisation du temps de travail de ses agents. Il ne s’agit que d’un ravalement de façade qui n’améliore pas l’état du bâtiment.
Qu’est-ce qui motive donc les gouvernements à introduire une augmentation de salaire liée à la prestation ? Premier objectif évoqué : le salaire au mérite supprime les annuités automatiques, par conséquent permet de réduire la masse salariale. Or l’expérience montre qu’on ne peut mêler assainissement des finances publiques et réforme de la fonction publique. Certains exécutifs l’ont appris à leurs dépens. Deuxième raison, le salaire au mérite améliorerait la motivation des agents de l’Etat. Or il a l’effet inverse ; il crispe, inquiète, et au fond, suscite une faible incitation, l’augmentation déterminée par le « mérite » ne représentant qu’une part infime du salaire. Troisième explication, il permettrait d’améliorer la prestation à l’usager. Au contraire, le fonctionnaire, obnubilé par l’objectif à atteindre, privilégie l’augmentation de son salaire à la qualité de son travail. Enfin, le salaire au mérite sert surtout de camouflage pour masquer les vrais problèmes ; il permet d’échapper à une véritable réflexion sur les réformes à engager. Entre autres, casser les hiérarchies beaucoup trop rigides à l’intérieur de l’administration, améliorer la mobilité des fonctionnaires entre les différents services, pousser à la collaboration et au travail d’équipe plutôt qu’à la performance personnelle, développer un meilleur esprit d’initiative et de responsabilisation des fonctionnaires autour d’un projet, augmenter l’offre de formation continue interne, inciter à la flexibilité, diminuer le temps de travail. Ces propositions, les gouvernements les connaissent depuis longtemps. Or, ils préfèrent adopter des méthodes simplistes et passer à côté de véritables instruments de réforme qui amélioreraient tant les conditions de travail des fonctionnaires que la qualité des prestations publiques. gs

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