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VKMB: Savez-vous planter les choux, à la mode, à la mode ?

Le VKMB est à l’origine, avec Denner, de l’initiative pour une agriculture biologique, soumise au peuple le 27 septembre. Peu connu en Suisse romande, le VKMB s’est implanté solidement dans les sphères décisionnelles de la politique agricole.

«La terre ancestrale n’en continue pas moins à exercer son attrait millénaire sur une race paysanne saine et prospère qui, inébranlablement, poursuit sa mission afin d’assurer à la fois l’approvisionnement de la population suisse en denrées alimentaires essentielles et le maintien d’une économie prospère. »

émergence d’un mouvement

C’est sous ces termes que l’Union suisse des producteurs ( USP ) exaltent le rôle de l’agriculture suisse ; c’est bien pour assumer cette lourde responsabilité nationale qu’elle s’est développée depuis le début du siècle jusqu’à aujourd’hui. L’agriculture suisse a donc son lobby, l’USP ; ses valeurs, les vertus paysannes ; sa mission, assurer l’indépendance du pays ; et ses images d’Epinal, le paysan-soldat, lié à sa terre et à sa patrie. En 1952, la Loi sur l’agriculture plante le mythe et intérine les pratiques en vigueur ; elle ne sera pas remise en question pendant trente ans.
Mais l’émergence du VKMB dans les années quatre-vingt ébranle le monopole de l’USP. Inconnu en Suisse romande, le VKMB (Vereinigung kleiner und mittlerer Bauer) a été fondé pour défendre les petits et moyens paysans. Ë la fin des années 70, la Confédération imposa un contingentement de la production laitière et une limitation de la construction de bâtiments pour la production d’œufs et de viande. Ces mesures confrontèrent les petits paysans à une impasse puisqu’une dizaine d’années auparavant l’État leur avait annoncé qu’ils ne survivraient que s’ils intensifiaient leur élevage de bétail. En août 1980 ils se réunissent autour d’un schnaps avec, à leur tête, René Hochuli, paysan d’Argovie. Celui-ci avait fait la une des colonnes du Blick parce qu’il avait lutté avec acharnement contre la construction d’une ligne ferroviaire défavorable à de nombreuses exploitations. Objectifs du VKMB : le maintien du nombre d’exploitations agricoles d’une part, et d’autre part, la mise sur pied d’un prix différencié selon lequel les subventions ne seraient plus versées en fonction de la quantité produite, mais en fonction de la grandeur de l’exploitation.
Au départ l’USP surveille d’un œil goguenard la naissance du VKMB. Jusqu’à ce qu’il utilise une arme presque aussi redoutable que l’administration de l’OFAG : l’initiative populaire. En 1983 l’initiative « Pour une agriculture proche de la nature, contre les fabriques d’animaux » est lancée, déposée en avril 1985 et votée en 1989. Elle ne comporte aucune mention concernant la culture biologique, les paiements directs ou la protection de l’environnement, mais insiste sur la défense des exploitations agricoles dites familiales. Soutenue par le PSS, le Parti écologique, le WWF et Denner, combattue par le Conseil fédéral, le Vorort, l’USP et les partis bourgeois, l’initiative fut refusée de justesse par 51,1 % des votants.

Le goût du succès

Ce succès permet au VKMB de s’imposer sur la scène politique. Il lui ouvre soudain les portes des sphères décisionnelles. De plus, la mort de Hochuli conduit au pouvoir de nouveaux dirigeants labellisés écolo, dont la figure charismatique est le conseiller national Rudi Baumann. Dès lors l’écologie occupe une place de plus en plus importante dans les programmes du VKMB. Alors qu’en 1990, ce n’est qu’un postulat très général, en 1993, l’écologisation de l’agriculture est devenue un objectif réel, concrétisé par le lancement d’une nouvelle initiative « Pour des produits alimentaires bon marché et des exploitations agricoles écologiques », présentée le 27 septembre prochain devant le peuple. L’évolution du VKMB n’a rien d’étonnant. Il a fait une lecture attentive des résultats de l’analyse Vox après la votation de 1985 et qui confirmait les attentes d’une population lassée par le coût d’une agriculture trop grassement subventionnée. Le VKMB anticipe les orientations d’une politique agricole européenne libéralisée. En outre, elle s’appuie sur un nouveau mythe : au paysan-soldat se substitue le jardinnier du paysage, les sabots plantés dans une terre écologiquement « propre ».
Le VKMB a ainsi réussi à faire de la nature un bien de consommation soumis comme tous les autres aux lois du marché, tout en la protégeant de ses effets. D’abord par le recours à l’initiative ; puis par le réajustement de ses structures organisationnelles Ð la révision des status de 1994 permet une augmentation significative des membres. Chaque individu qui verse une somme quelconque à l’association en devient automatiquement le membre. Le nombre d’adhérents est passé alors à 40 000, dont 2000 paysans. Enfin en s’appuyant sur des thèmes à « la mode », surtout dans les catégories de la classe moyenne urbaine. gs

Source : L’émergence d’un nouvel acteur dans la politique agricole : le VKMB, travail de mémoire, J. Blaser et alii.
Encart:
Les parlementaires, membres du VKMB sont : S. Baumann, A. HŠmmerle, P. Vollmer (PS); V. Diener, Fr. Gonzet, H. Meier (Verts); R. Buttiker (Rad.) ; R. Baumann.Les parlementaires, membres du VKMB sont : S. Baumann, A. HŠmmerle, P. Vollmer (PS); V. Diener, Fr. Gonzet, H. Meier (Verts); R. Buttiker (Rad.) ; R. Baumann.

Compagnon de lutte
Impossible d’évoquer le VKMB sans parler de Denner. Dès le lancement de l’initiative de 1983, Denner est aux côtés des petits paysans. D’abord parce que Karl Schweri est « petit-fils de paysan » (selon Karch, in op.cit), mais aussi parce que c’est un ami de René Hochuli. Même si le VKMB tente de prendre ses distances avec Denner, l’aide du grand distributeur représente néanmoins 20 % du budget de l’association.

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