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Note de lecture: Bourdieu, de pleins-feux

Les éditions Liber-Raisons d’Agir vont publier au début du mois d’avril un recueil d’articles et de conférences de Pierre Bourdieu, Propos pour servir à la résistance contre l’invasion néo-libérale. Le sociologue français s’y montre engagé et pamphlétaire.

C’est bien pour faire acte de résistance que Pierre Bourdieu a lancé les éditions Liber-Raisons d’Agir. Les petits livres rouges réunissent des plumes du Monde diplomatique ou des travaux de chercheurs en sciences sociales ; ils ont rencontré un succès public étonnant ; en particulier l’ouvrage de Serge Halimi, Les nouveaux chiens de garde, classé dans les meilleures ventes en France à fin 1997.

Contre le radicalisme chic

Résister à la pensée unique, réinventer le service public, s’engager aux côtés des mouvements sociaux, c’est en intellectuel militant que Bourdieu affirme ces priorités. Et de la parole aux actes, les textes réunis dans son ouvrage, Contre-Feux, Propos pour servir à la résistance contre l’invasion néo-libérale, témoignent que le sociologue « paie de sa personne » : discours à la gare de Lyon lors des grèves de 1995, intervention pour la Confédération générale des travailleurs grecs, conférence lors des états généraux du mouvement social, textes publiés dans Alternatives algériennes, dans Le Monde diplomatique, etc. à certains intellectuels, non nommés, mais identifiables, qui défendent une variante dite post-moderne, « radical-chic » de l’idéologie de la fin des idéologies, Bourdieu oppose la nécessité de l’analyse et milite pour créer un dispositif de recherche collectif, interdisciplinaire et international. Ainsi les chercheurs ne seraient ni des alibis qui signent une pétition puis disparaissent du champ médiatique, ni des apparatchiks au service de l’État, ni des experts et encore moins des prophètes ; leur tâche serait plutôt de lutter contre le matraquage médiatique et de communiquer aux militants les acquis les plus avancés de la recherche. Science sociale et action sociale seraient ainsi étroitement liées.

Contre les idées et les discours reçus

Fier des mouvements sociaux qui ont traversé la France Ð Bourdieu parle de miracle social Ð, le sociologue en appelle à une action conjointe des citoyens, des intellectuels mais aussi des associations étatiques sur lesquelles la population doit pouvoir s’appuyer pour récuser néo-libéralisme et technocratisme des élites dirigeantes.
Sa réflexion renverse les discours et les idées reçus. Le néo-libéralisme est défini comme une « révolution conservatrice » : les vieilles recettes patronales reviennent en force, mais sans frein, sans fard, rationalisées, poussées à la limite de leur efficacité. Les révolutionnaires conservateurs accélèrent la destruction progressive des univers autonomes, mais aussi la désintégration de toutes les instances collectives capables de contrecarrer la logique néo-libérale. Au premier rang, l’État, dépositaire des valeurs universelles. Ces mêmes révolutionnaires conservateurs favorisent la restauration de l’économie pure et traitent ensuite de révolutionnaires, de réactionnaires voire de populistes, les actes de résistance privilégiant la défense des acquis.
Et Bourdieu de rappeler dans un texte sur le directeur de la Bundesbank, Hans Tietmeyer, le slogan des travailleurs sous le gaullisme, victimes du «mythe justificateur de la globalisation» : «Tu me donnes ta montre et je te donne l’heure.» gs

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