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Journées littéraires de Soleure : Echange et écoute

icone auteur icone calendrier 4 juin 2004 icone PDF DP 

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Les Journées littéraires de Soleure ont atteint un nouveau record cette année, avec près de neuf mille entrées. Comment expliquer ce succès ? Deux hypothèses rivalisaient avant même l’événement. La commission de programmation a tenu à souligner, dans son texte de présentation, que l’intérêt de ces Journées pour le public serait «de voir les auteurs, de les entendre, qu’ils soient connus ou inconnus», tandis que Le Courrier du 15 mai a annoncé, dans le titre d’une dépêche de l’ATS, «Des stars aux Journées de Soleure».

Auteurs confirmés
Il est vrai qu’une fois de plus, de grosses pointures étaient présentes : du côté français, Alain Robbe-Grillet, ce naufragé du nouveau roman qui vient de s’abriter à l’Académie ; du côté ouest-allemand, Hans Magnus Enzensberger, cet agitateur littéraire qui depuis plus de quarante ans cadence non seulement ses vers, mais toute la vie intellectuelle de l’Allemagne fédérale ; du côté est-allemand, Christoph Hein, cette voix des rescapés de la RDA, qui s’impose de plus en plus clairement comme une des plus importantes dans la littérature allemande ; du côté suisse alémanique enfin, Hugo Loetscher, ce touche à tout qui arrive toujours à nous surprendre par de nouveaux aspects de son œuvre déjà riche en couleurs.
L’ambition – et le succès – de Soleure a toujours été d’intégrer de telles vedettes dans un ensemble hétérogène d’auteurs de toute envergure. La formule assurant cette fusion est simple : chaque auteur invité dispose de 45 minutes pour lire ses textes et débattre avec le public. Après avoir été brièvement présentées, ces lectures sont accompagnées de plusieurs tables rondes qui favorisent les rencontres et les échanges entre les écrivains.
Un seul a réussi à préserver son soliloque envers et contre tous, c’est Alain Robbe-Grillet. Son débat avec Jean-Philippe Toussaint sur «L’écrit et l’image» aurait pu être un des moments forts de ces Journées. Puisqu’il a cru devoir tout dire, non seulement sur sa propre expérience, mais aussi sur celle des autres, son partenaire n’a eu d’autre choix que de se taire. Heureusement, Jean-Philipe Toussaint disposait par ailleurs lui aussi d’un temps de lecture, et ses films étaient projetés sans que son collègue y mêle sa voix de stentor.

La rencontre avant tout
Pour le reste, les Journées 2004 se sont révélées plus que d’autres être celles de l’échange, du débat, de l’écoute. Lors d’une des premières lectures déjà, celle de Gertrud Leutenegger, tout le monde a été étonné : on y retrouvait un public débattant avec une fraîcheur et un naturel que l’on croyait perdus depuis une dizaine d’années. Et cela ne s’est pas arrêté. On a pu constater une certaine décrispation du public face à la littérature. Il ose à nouveau donner son avis et poser des questions apparemment simples – qui se révèlent souvent être très pertinentes. C’était également le cas lors des lectures francophones, qui ont attiré plus de visiteurs que les années précédentes. Si le public a semblé un peu intimidé par l’érudition d’Etienne Barilier, il s’est montré plus détendu par la suite, par exemple face à l’abondance des mots du jeune Algérien Mustapha Benfodil ou à la prestidigitation littéraire d’Eugène.

Brassage et bavardage
Le franc-parler généralisé n’a pas diminué la qualité des tables rondes. Il y en avait une demi-douzaine sur des sujets aussi divers que la réécriture des classiques pour enfants, le projet d’un institut de l’écriture littéraire, le fonctionnement des archives littéraires, le rôle de l’essai et l’écriture en deux langues. C’est lors de ce débat que Mustapha Benfodil a saisi en quelque sorte l’essence de ces Journées littéraires en affirmant que seul Dieu peut prétendre à l’unicité de la langue, tandis que tout le reste est affaire de brassage de langues, de bavardage.
Cette pluralité, les Journées littéraires de Soleure en tiennent compte en multipliant non seulement les langues et les nationalités des invités, mais aussi les manières de faire valoir les textes. En plus des lectures, des débats et de l’atelier de traduction, on a pu assister cette année à des lectures pour enfants dans le théâtre municipal, à une nuit du dialecte dans une usine désaffectée ou encore à des lectures pour le tout venant soleurois sous une tente en pleine ville.
Dans tout ce foisonnement, il y a eu bien sûr aussi des moments de silence. Après la lecture d’Anne Weber, par exemple, où tout débat paraissait déplacé ; ou lors des lectures de jeunes poètes venus des quatre coins de la Suisse – dont la très talentueuse Caroline Schumacher ; ou encore, pour la clôture, quand Hugo Loetscher et Hans Magnus Enzensberger ont lu chacun leurs poèmes, le premier en dialoguant avec une pianiste, le second en marquant les pauses entre ces poèmes par des «hums» sonores, signes de doute sur sa manière de lire. Ces deux auteurs «stars» ont ainsi paru grands précisément dans la mesure où ils se faisaient tout petits devant leurs textes.

Daniel Rothenbühler
Cet article poursuit la collaboration de DP avec Feuxcroisés.

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