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Sans-papiers : La barque est pleine

Le Tribunal fédéral vient de confirmer la condamnation de Madeleine Parrat pour avoir hébergé un sans-papier pendant quelques mois à Fribourg. C’est le premier exemple du durcissement actuel qui se manifeste au niveau de la justice. Il reste encore la Cour des droits de l’homme de Strasbourg et la recourante y songe sérieusement.
Le Tribunal a fait une interprétation rigoureuse et étroite de la loi. Alors que les enfants de sans-papiers sont intégrés dans le système scolaire et que ceux-ci sont obligés de s’assurer à une caisse maladie qui ne peut pas les refuser, l’hospitalité est, elle, considérée comme un délit. Et l’hospitalité seule. Parce que, comme Madeleine Para le dit, elle a aussi appris le français au jeune Turc qu’elle abritait ainsi que les usages suisses ; mais cela lui est pardonné. La recourante a également soutenu qu’elle n’avait pas essayé de gagner de l’argent sur le dos de son protégé. Cependant pour les juges de Mon- Repos, la générosité n’est pas une excuse.
Madeleine Para est déçue mais pas étonnée. Elle constate que le respect des lois passe avant les droits humains élémentaires. Le Tribunal fédéral lui a même reproché d’avoir dépassé les limites humanitaires ; mais sans les définir.
D’autres cas sont en cours d’examen par la justice fribourgeoise. Il faut le dire aussi : seulement des individus isolés ont été inculpés. Les paroisses qui ont hébergé des sans-papiers en 2002 n’ont pas été inquiétées alors même qu’elles le faisaient au vu et au su de tout le monde.
L’objectif de la loi – qui date des tristes années trente et qui est en révision – est évidemment de criminaliser les étrangers et ainsi de faire peur à tous les citoyens qui seraient tentés d’avoir un comportement un tant soit peu humain. Mais comme peu de renvois sont effectués, il y a de plus en plus de sans-papiers. Comment ne pas y voir la volonté délibérée d’assurer à l’économie et au marché du travail un réservoir de main d’œuvre corvéable à merci et de faire pression sur les salaires en général ?
Il y aurait en Suisse entre 100 000 et 300 000 sans-papiers. Mais depuis la modification de la loi sur l’aide sociale, dès le 1er avril 2004, l’aide sociale est réduite à huit francs par jour, soit 240 francs par mois. Pour la seule ville de Fribourg, ce sont 200 personnes qui sont touchées et qui n’ont d’autre recours que les privés ou les associations caritatives.

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