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Livre : Quand vouloir c’est déjà pouvoir

icone auteur icone calendrier 11 juin 2004 icone PDF DP 

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Ce n’est pas un manuel du parfait manifestant que Susan George nous propose, ni un nouveau petit livre rouge, ni encore un guide pour communautés basées sur le troc et les énergies douces. C’est un ensemble de chapitres, pas toujours très bien articulés entre eux, mais qui ont le mérite d’être facilement compréhensibles, réalistes et de redonner espoir, comme son titre l’indique.
Dans une première partie, elle analyse la situation. Il n’y a pas si longtemps, «les progressistes vociféraient contre l’exploitation, mais aujourd’hui c’est presque un privilège d’être exploité : au moins vous avez encore un emploi, un rôle.» Percy Barnevik, l’ancien PDG d’ABB, pouvait pavoiser : «Je définirai la mondialisation comme la liberté pour mon groupe d’investir où il veut, quand il veut ; de produire ce qu’il veut ; d’acheter et de vendre où il veut ; et de subir le moins de restrictions possibles liées à la législation du travail ou aux conventions sociales.» Après avoir obtenu de George Bush qu’il s’oppose au protocole de Kyoto, le lobby des grandes compagnies pétrolières proclamait sur son site: «La Global Climate Coalition a été désactivée. La voix de l’industrie sur le changement climatique a atteint son objectif en contribuant à une nouvelle approche nationale du réchauffement de la planète.» Dans «les quartiers nord-est de Washington, les taux de mortalité infantile des minorités sont comparables à ceux de nombreux pays du Tiers-monde.»

Le rôle de l’Europe
Susan George montre qui sont les acteurs – entreprises multinationales et gouvernements qu’elles achètent – et l’importance de l’Europe dans la situation actuelle. L’Europe est la seule puissance capable de faire le poids face aux Etats-Unis et c’est pourquoi il faut lutter afin qu’elle ne se réduise pas à une simple destination touristique. «Il faut sauver le modèle européen de solidarité sociale.»
Ses «Visions du possible» forment la partie centrale du livre : «une vie décente : une alimentation suffisante, de l’eau saine, un logement correct, une éducation de base, des soins médicaux et des services publics comme le prévoit la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948»; des politiques économiques keynésiennes à base de taxation et de redistribution, un plan Marshall mondial et des politiques environnementales durables. Avec quoi financer tout cela ? avec une taxe sur les transactions financières, idée qui est à la base du mouvement ATTAC dont Susan George est la vice-présidente.
Le problème c’est qu’il n’y a pas de démocratie à l’échelle mondiale, l’ONU, les institutions de Bretton Woods ou l’OMC n’étant que des organisations gouvernementales. D’où la création des Forums sociaux – Porto Allegre au départ, Mumbai ou Fribourg l’an dernier – où les citoyens peuvent s’exprimer et échanger des idées.

Des moyens de lutte dérisoires
Susan George étant fondamentalement opposée à la violence et ne croyant pas en une révolution mondiale, les moyens de lutte qu’elle propose paraissent faibles : alliances, recherche, éducation et évidemment manifestations. Tous ces moyens visent à influencer l’opinion publique. Elle ne croit guère au commerce équitable ou aux économies d’énergie individuelles. Cela nous donne bonne conscience mais ce n’est qu’une goutte d’eau dans la mer. On est donc un peu déçu de ne pas trouver de recette miracle. Mais n’oublions pas les progrès obtenus par la Déclaration de Berne en association avec d’autres organisations, par exemple.
En revanche, je ne la suis pas sur trois points. D’abord sur la gestion du fonds créé grâce à la taxe sur les transactions financières. Susan George ne fait confiance qu’aux ONG occidentales qui, à ses yeux, sont les seules à savoir qui sont les pauvres et ce dont ils ont besoin. A mon avis, c’est torpiller tous les efforts de démocratisation du Sud et continuer un colonialisme, adouci de paternalisme. Deuxièmement, où sont les relations économiques extérieures et les gouvernements du Tiers-monde ? Si ces derniers se réunissaient afin d’obtenir de meilleurs prix pour les matières premières ou, comme à l’OMC à Cancun, pour exiger la réduction des subventions agricoles ? A mon avis, l’équilibre nord-sud ne peut être obtenu que par un changement radical de la politique économique extérieure de l’Occident, qui a pour effet d’empêcher le Sud de se développer. Finalement, Susan George se méfie des partis politiques parce qu’ils sont contraints, par définition, de faire des compromis. Et pourtant en Europe, les partis jouent un rôle important dans la défense des intérêts des citoyens. La nation est quand même un espace où l’on peut obtenir démocratiquement des résultats.

Susan George, Un autre monde est possible si ?, Fayard, Paris, 2004.

Susan George est politologue et vice-présidente d’ATTAC France. Par sa vie, elle a résolu de manière très personnelle l’antagonisme géopolitique de notre époque. Le fait d’être une Américaine de la douzième génération ne l’a pas empêchée de passer sa vie en France, de devenir citoyenne française et d’écrire: «Plus de deux siècles après la déclaration d’indépendance des États-Unis vis-à-vis de la Grande-Bretagne, c’est à cette dernière et au reste de l’Europe avec elle de déclarer leur indépendance vis-à-vis des États-Unis.» Susan George a également contribué au rassemblement des mouvements français contre l’AMI (Accord multilatéral sur l’investissement) et l’OMC. Elle a signé plusieurs livres, dont Comment meurt l’autre moitié du monde en 1976 et L’effet boomerang en 1992.

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