Émotion dans la presse l’automne passé : un sondage signé Le Temps et M.I.S. Trend (daté du 22 septembre 2001) démontrait que les journalistes sont « deux fois plus à gauche » que le reste de la population. On parla de
« perte de contact avec le public». On entendit le rédacteur en chef du quotidien de la place de Cornavin déclarer que dorénavant il n’engagerait plus de rédacteurs professionnels, mais seulement des pékins alphabétisés. Au-delà des remarquables progrès de la science statistique qui permettent désormais de quantifier le degré de « gauchisation » d’un groupe social, il vaut la peine de se demander ce que signifie être de gauche pour les sondeurs. Mise à part la régularisation des sans-papiers, classique revendication sociale en faveur des plus démunis, les critères retenus ont quelque chose de stupéfiant : l’attitude favorable envers le Conseil fédéral, le soutien aux responsables d’Expo.02, l’adhésion aux idées pro-européennes et l’appui à une possible intervention de l’OTAN en Macédoine. Voilà ce qui définit l’être de gauche. Ë quel degré d’inculture politique est-on descendu en vingt ans de journalisme « moderne, professionnel et au-dessus des clivages traditionnels » ?
La Distinction du 9 février 2002.
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