Redécouvrir Helmut Schmidt, homme d’Etat allemand à la fin des années septante et pianiste virtuose.
Voici quelque temps, une amie à moi fait l’acquisition dans un super-marché d’un CD consacré à un concerto de Mozart pour trois pianos, joué par le Philharmonique de Londres, avec la participation de trois virtuoses allemands.
Peut-être connaissez-vous l’histoire?
Sur l’enveloppe, la photo des trois virtuoses : à gauche et à droite, deux noms de moi inconnus; au centre, un dénommé Helmut Schmidt… Dont la photo ressemblait étonnamment à l’ancien chancelier de la Bundesrepublik, le successeur de Willy Brandt, le prédécesseur de Kohl!
L’éloge des compagnons de route
Je me suis dit : Bien. Il y a sans doute deux Helmut Schmidt; «ils» auront pris dans les archives la première photo venue Ð il doit y en avoir d’innombrables!
Eh bien non: il s’agit bien de l’ancien chancelier. Quand, en 1982, il s’est retiré de la politique, économiste de formation, il a repris son activité de pianiste! Il faut être Allemand pour être à la fois pianiste-virtuose et chancelier!
Comme j’avais lu des articles sur l’un de ses récents livres Ð il a beaucoup ércrit Ð un livre dont on disait qu’il était très critique en face de la réunification, je me le suis procuré, ainsi que deux autres :
Jahrhundertwende (en français Tournant du Siècle Ð Conversations avec Giscard d’Estaing, Kissinger, Gorbatschow, Helmut Kohl, etc.)
WeggfŠhrten (Compagnons de route. Souvenirs et Réflexions)
Je dois l’avouer: je n’avais pas beaucoup de sympathie pour Helmut Schmidt! J’avais connu à Hambourg Ulrike Meinhof, qui n’était pas, à l’époque, terroriste, mais pacifiste luttant de toutes ses forces contre le réarmement allemand.
Or WeggfŠhrten est un livre admirable: par sa modestie (Schmidt parle du concert de Londres et exprime sa reconnaissance envers les deux pianistes qui ont bien voulu accepter de jouer avec un amateur, lequel avait fait un peu de piano dans sa jeunesse), par sa générosité à l’égard de (presque) tous ceux qu’il a rencontrés. Et ce sont Anouar El Sadate, le Premier égyptien, Prix Nobel de la Paix, assassiné en 1981 par l’un des siens; le peintre Kokoschka, auquel il rend visite à Villeneuve; Jehudi Menuhin; le peintre Nolde, dont il possède une œuvre, ce qui l’amène à débaptiser le secrétariat de la Chancellerie pour l’appeler Nolde-Kammer; notre Max Frisch, qu’il invite au Congrès du Parti socialiste allemand; Günther Grass, qu’il apprécie en dépit des attaques violentes, voire acerbes, que l’écrivain lui adresse. Parlant de tous avec une faculté d’enthousiasme… J’allais dire: juvénile!
Et qui termine son livre par un dernier chapitre intitulé « Am Ende bleibt Dankbarkeit » (en français, En fin de compte reste la reconnaissance). Reconnaissance apparemment envers Dieu, mais aussi envers tous ceux qu’il a rencontrés.
Je me suis permis de lui écrire pour lui dire ma sympathie Ð et cet homme de huitante-deux ans a pris la peine de me répondre et de m’envoyer son dernier livre: Auf der Suche nach einer öffentlichen Moral (A la recherche d’une morale publique), un effort pareil à celui que fit Romain Rolland dans les années 18 pour proposer une éthique à un monde déboussolé et qui ne sait plus à quel saint se vouer, les jeunes en particulier. Jeanlouis Cornuz





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