Une installation manquée de justesse de la FNAC à Lausanne Ð pour des raisons administratives Ð, ainsi que des rumeurs très persistantes de l’ouverture d’une même FNAC à Genève relancent le débat sur le réseau du livre. L’occasion de faire également un pointage européen.
Les librairies françaises se préparent à passer à la semaine de 35 heures et un sondage ( Livres Hebdo/I + C ) dévoile que 56 % des libraires prévoient d’effectuer cette réduction avant l’échéance légale, soit au 1er janvier 2000 pour les entreprises de plus de vingt salariés et 2002 pour les autres Ð l’obtention d’aides annuelles est subordonnée à la rapidité de la mise en place d’une réduction du temps de travail de 10 % et à l’augmentation de 6 % des effectifs ( ou au sauvetage du 6% des effectifs dans le cadre d’un plan social ).
Un passage périlleux
Les caractéristiques du secteur de la librairie rendent pourtant difficile la réduction du temps de travail : le taux de temps partiel Ð aux environs de 40 % Ð est très élevé ; les marges réservées aux libraires leur laissent peu de latitude financière ; les salaires sont bas. Le sondage montre que les libraires, à 86 %, ne pensent donc pas être en mesure d’engager du nouveau personnel, mais plutôt, à 67 %, de réorganiser le travail et de trouver des gains de productivité.
Une des pistes retenues est l’annualisation du temps de travail, avec des temps plus hauts pendant les quatre derniers mois de l’année Ð la variation estimée, plus ou moins deux heures, est néanmoins faible. D’autres gains de productivité ne semblent envisageables que dans les secteurs administratifs et financiers. Les libraires espèrent en conséquence des aides spécifiques au petit commerce.
L’Europe et la Loi Lang
Ce passage périlleux est dépendant du maintien de la stabilité minimale garantie par la Loi Lang sur le prix unique. Un abandon de celle-ci lié à la baisse du temps de travail aurait de lourdes conséquences. Or des rumeurs annonçaient que cette loi était dans le collimateur de la Commission européenne de la concurrence.
Le Syndicat national de l’édition française a rencontré le 11 juin Karel van Miert, commissaire européen à la concurrence : la Commission n’envisage pas de mettre en question les régimes institués par les lois nationales comme c’est le cas en France pour le livre.
L’Allemagne et l’Autriche
Autre développement à suivre : le différend entre les éditeurs allemands et autrichiens et la Commission de Bruxelles. L’enjeu est de taille puisque les éditeurs de ces pays entendent faire respecter le prix fixé lorsque les livres sont diffusés chez le voisin.
Pour la Suisse, ces nouveaux éléments ouvrent des perspectives. D’une part la mise en place d’une loi sur le prix unique des livres ne serait donc pas incompatible avec la législation européenne et une future adhésion de la Suisse. D’autre part, si des accords comme ceux de l’Allemagne et de l’Autriche se révèlent eurocompatibles, ce serait là un moyen de protéger le monde du livre helvétique de l’implantation de librairies comme la FNAC, trop heureuses de venir pratiquer en terrain non protégé des pratiques commerciales interdites en France, Ð pratiques hautement dangereuses pour le tissu fragile des librairies. cp
Livres Hebdo, 297, 12.6.98 ; ATS/AFP, 11.6.98 ; à lire aussi sur le sujet DP 1282, 1292, 1294.





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