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Sainte alliance: L’UDC soutiendra-t-elle les bilatérales pour ne pas adhérer ?

icone auteur icone calendrier 17 décembre 1998 icone PDF DP 

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Les bilatérales ont abouti. Elles devront peut-être leur salut Ð paradoxalement Ð
à une prudente stratégie de l’UDC.
Le vin du village de Champagne a, lui, joué le rôle de joker amusant dans le dénouement des négociations ; un rôle souvent tenu auparavant par le schabziger.

Les accords bilatéraux sont-ils sérieusement menacés par un référendum ? Christoph Blocher, échaudé par les deux défaites de cet automne, hésite à s’associer au référendum promis par les Démocrates suisses. Il sait qu’en Suisse alémanique une large frange de la droite pense qu’un bon accord bilatéral permettra « d’échapper » à l’adhésion. Il sait également que les Verts se souviennent de l’erreur magistrale faite en 1992 : en s’alliant à Blocher contre l’EEE, les écologistes avaient fait le lit de leur défaite électorale de 1995, raison pour laquelle ils hésiteront cette fois à s’engager dans l’aventure référendaire.
Au-delà de ces considérations tactiques, l’entrepreneur UDC n’a pas intérêt à donner trop de poids au référendum sur les bilatérales, car une telle discussion ne manquerait pas de déboucher sur le constat d’un grave déficit institutionnel : d’une part aucune codécision n’est accordée à notre pays, et d’autre part le caractère statique de l’édifice bilatéral ne permettra pas de suivre l’évolution de l’UE. La nécessité d’une adhésion pleine et entière avec participation aux institutions n’en apparaîtrait donc que plus clairement. Plus la campagne référendaire prendra de l’importance, plus elle permettra de parler de l’adhésion. Cela ne fera pas le beurre des isolationnistes.
Blocher a encore une autre raison d’épargner les bilatérales : en cas d’échec, le Conseil fédéral n’a aucun résultat à faire valoir au moment de faire voter l’initiative populaire « Oui à l’Europe », vers 2001. Si la Suisse se trouve toujours dans un Alleingang total à ce moment-là, le gouvernement pourra difficilement prôner le non à l’initiative.
Reste à savoir si les troupes blochériennes seront aussi rationnelles que leur leader. Il est permis d’en douter. Tout comme il n’est pas tout à fait sûr que les associations écologistes ne grimperont pas dans le train référendaire.

La politique du pire ?

Confrontés à la stratégie consistant à signer les bilatérales pour éviter l’adhésion, certains proeuropéens se prennent à rêver d’un échec de dernière minute, par exemple lors de la ratification dans l’un des quinze parlements nationaux de l’UE. Pourtant, en apportant une solution à la question de la libre circulation des personnes et des transports terrestres, les bilatérales facilitent l’adhésion. Il reste suffisamment de difficultés à surmonter sur la voie de l’entrée dans l’Europe pour ne pas faire la fine bouche à ce stade : avec l’adhésion viendront des débats difficiles, notamment sur la hausse de la TVA à 15 % et les adaptations institutionnelles.
Un argument émotionnel doit également nous inciter à espérer le succès des bilatérales : un échec lors de l’une des étapes institutionnelles ultérieures crisperait gravement le rapport affectif des Suisses avec l’Union. Or pour emporter le débat de l’adhésion, il faut que la Suisse allemande vive encore des succès comme celui de l’heureuse combinaison du vote populaire du 29 novembre et de la folle nuit du 1er décembre. Mais il faut aussi des politiciens qui assument ouvertement leur objectif de l’adhésion. Ils doivent inlassablement expliquer qu’il est logique que la Suisse adhère à l’UE, parce que nous partageons ses objectifs fondamentaux de paix et de prospérité. Sans un engagement décidé et un discours courageux, le risque d’un report de l’adhésion aux calendes grecques est bien réel. r n

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