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Opinion: Les partis sont mortels, pas les aspirations des hommes

René Longet
23 août 2002
DP 
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Tout devrait sourire aux socialistes européens et suisses. La guerre froide est finie avec ses camps bien tranchés et son effort militaire coûteux. La mondialisation économique illustre les limites autant du laisser-faire que du repli sur soi. La persistance d’énormes disparités dans le monde appelle une force de régulation humaniste et efficace. La notion des droits de l’homme est universellement reconnue comme objectif politique louable.

L’identité perdue

En Suisse, la situation est politiquement plus fluide que jamais. Le vote sur l’ONU montre l’évolution du rapport, toujours sensible, entre l’identité du pays et l’étranger. En matière de société et de modes de vie, la Suisse devient culturellement urbaine et rejoint le monde contemporain: les cloisonnements s’effritent ainsi que les références aux modèles anciens. Le pluralisme s’installe.
En France, après l’invocation par Jacques Chirac de la fracture sociale, c’est Jean-Pierre Raffarin, le premier ministre, qui se réclame du pays d’en bas. Chez nous, c’est Pascal Couchepin qui revendique pour lui de s’intéresser au sort des working poor.
Voilà la gauche dépossédée de ses propres dossiers, de ses propres mots, de ses propres combats! Et pendant ce temps, elle se cherche, se demande si elle doit être plutôt plus ou plutôt moins à gauche. Le vrai problème, pour le commun des mortels, c’est la notion même de gauche qui n’est plus porteuse par elle-même.

Une ethique de gauche

Pourtant, il y a une continuité historique, à gauche: le souci du plus faible, le souci de l’équité sociale. Ce n’est pas l’assistance ou l’assurance tous risques. C’est un tissu social fait de droits et de devoirs, un échange constant où chacun doit trouver sa place, un rôle, du sens et un statut. C’est le souci de la dignité individuelle et de la cohérence collective. C’est fondamentalement une éthique, forte et exigeante.
La gauche d’aujourd’hui est-elle capable de synthétiser et de véhiculer ainsi en quelques mots ses valeurs? De faire vibrer des cœurs? Et, à l’abri souvent dans les beaux quartiers, sait-elle encore être à l’écoute des lieux où il fait moins bien vivre? Sait-elle parler à ceux qui ne partagent pas ses valeurs, qui, se sentant rejetés, expriment le besoin de rejeter à leur tour les autres, simplement pour se sentir exister?
Une gauche efficace commencerait par la base: l’éducation. C’est là que se construit la société de demain, pas seulement en termes de savoir, mais, principalement en termes de relations, d’intégration, de savoir-faire et de citoyenneté. Peu importe finalement les matières enseignées. Ce qui compte est l’expérience de vie. Et que l’on cesse d’enfermer ceux qui sont capables de transmettre ce savoir-faire et ce savoir-être dans un corporatisme étouffant et qui les étouffe les premiers.
Elle poursuivrait son action sur le terrain du quartier, un quartier qui permette la mixité à tous les niveaux, où urbanisme et démocratie locale se donneraient la main – car toute concentration unilatérale est source de risques: de riches, de pauvres, de Suisses, d’étrangers, de requérants d’asile, de cadres… Elle redéfinirait le concept de santé et sa promotion, avant de perfectionner un système institutionnel de plus en plus coûteux et labyrinthique.
Elle repenserait le travail, comme un parcours de vie multiple et fait d’interactions. Elle lutterait contre les inégalités criantes, qui réservent à une minorité des salaires indécents et aux autres des paies de misère pour des journées sans fin (sait-on assez que plus de la moitié des salariés ne sont pas au bénéfice d’une convention collective de travail?). Notamment pour les nombreuses femmes seules avec enfants. Elle s’inscrirait dans les exigences mondiales du développement durable, qui postulent que notre développement technique et énergétique, notre consommation de ressources naturelles doivent se conformer aux besoins d’une humanité encore largement dans la misère et des générations à venir dont il faut préserver les droits. Cette exigence est forte et tout sauf littéraire. Elle postule des changements technologiques et de mentalité substantiels ainsi qu’une optimisation des ressources naturelles. Enfin, elle organiserait la pluralité des cultures dans le respect d’un code de cohabitation clair.
Cette gauche efficace existe bel et bien. Je prétends même qu’elle est potentiellement majoritaire au sein de la population. Il faudrait, juste, qu’elle s’affiche telle qu’en elle-même. Au PSS de relever le défi, qui est d’expliciter ses valeurs et d’illustrer ses visions. La présence active du PSS dans les médias cet été donne, dans ce sens, un signe fort. Les partis sont mortels – mais pas les aspirations des hommes, et celles-ci ont besoin de partis crédibles. Il serait bon que le PSS prenne ce chemin.
René Longet, Conseiller administatif, Ville d’Onex-Genève

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