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Entretien: Défendre les valeurs de l’électorat de gauche

Nous poursuivons le débat sur l’avenir du Parti socialiste suisse en donnant la parole à Wolf Linder,professeur en sciences politiques à l’Université de Berne
et signataire du Manifeste du Gurten.

Domaine Public : Comment s’est organisée larédaction du Manifeste du Gurten ?

Wolf Linder : Nous avons travaillé ensemble. Au final, le texte était trois fois plus long. Nous avons décidé de le raccourcir afin d’en faire un texte bref et accessible à tous et nous avons décidé de le diffuser de façon professionnelle. Ce que certains, d’ailleurs, nous reprochent aujourd’hui.

Quels sont les objectifs du Manifeste du Gurten ?

Précisons d’abord que le Manifeste du Gurten n’est pas un programme. Notre objectif était avant tout de mener une discussion. Une discussion sur l’identité, la politique et le style du parti socialiste suisse. Ce texte est un début et non une fin. Et d’ailleurs il fonctionne comme tel : des sections nous l’ont demandé et de nombreuses personnes s’expriment sur notre site et participent à cette discussion. Par conséquent, ce n’est pas une simple provocation. Nous avons longuement réfléchi. Nous n’avons certes pas mené une réflexion approfondie sur ce qu’avait fait et ce que fait le PSS ; nous avons plutôt sélectionné quelques points importants qui nécessitent débats et discussions.

Pourquoi avoir choisi ce moyen d’expression-là pour rendre publiques vos propositions ?

Nous sommes membres du parti. Même s’il y a dans le groupe du Gurten des politiciens, nous sommes des membres ordinaires. Nous voulions donner l’expression spontanée de nos réflexions, hors des structures du parti. Ce que nous constatons, c’est que les militants sont très sceptiques quant à notre Manifeste, alors que des gens qui ne sont pas complètement impliqués dans la vie du PSS sont enthousiastes.
Deux pistes ont nourri notre réflexion. La première, c’est que le parti est intéressant pour les militants, mais pas ou plus pour notre électorat. La deuxième, c’est que le PSS devrait se libérer de cette idéologie du 19e siècle qui ne touche plus les gens et montrer un peu plus de bon sens.

Mais ne ravivez-vous pas ainsi les antagonismes linguistiques ?

Ces différences de sensibilités existaient bien avant la publication de notre Manifeste. C’est vrai qu’on ne peut, en Suisse alémanique, appliquer telle quelle la politique romande. Or, c’est une réalité, la Suisse alémanique représente 80 % de notre marché. Nous destinons donc ce texte en priorité à la Suisse allemande.
Une question m’inquiète. Le parti socialiste représente 20 % de l’électorat dans notre pays alors qu’ailleurs il parvient à rassembler 40 % des électrices et des électeurs. Pourquoi ? je pense que nous devons mieux prendre au sérieux les valeurs de notre électorat. Ces valeurs sont la politique sociale, l’écologie, une Suisse ouverte à l’Europe et au monde, une critique de la politique militaire et la péréquation sociale par les impôts. Le parti souvent néglige ses valeurs. La preuve, le parti socialiste a soutenu de nombreuses initiatives qui n’ont pas fait le plein de son électorat. En revanche, nous devons continuer à faire des propositions qui permettent de rassembler les personnes qui nous font confiance, même si nous perdons. Je réfute donc les commentaires de certains qui nous ont fait dire que nous voulions recentrer le PSS. Nous voulons rassembler, pas recentrer.

Mais ce qu’il y a dans votre Manifeste ne fait pas non plus le plein de l’électorat de gauche ! Je pense en particulier à vos thèses sur les assurances sociales. On a l’impression que vous considérez que si les gens ont besoin de l’aide de l’Etat, c’est de leur responsabilité ; ou alors, vous proposez une politique de limitation de l’immigration ?

Nous ne disons pas ça. Les principes de base de redistribution ne sont pas remis en cause. Mais il y a un problème si on ne considère que les droits et qu’on évacue les obligations. Si une personne à l’aide sociale gagne plus qu’une vendeuse de chez Globus, c’est nuisible à la solidarité. Notre proposition, c’est un système de mutualité où chacun a des droits et des devoirs. Concernant l’immigration : nous ne voulons pas fermer la Suisse, mais l’intégration passe avant tout. Les immigrés de 2e et 3e génération sont victimes d’une injustice structurelle grave qui pèse peut-être plus que la fermeture de nos frontières à une centaine de personnes non-européennes. L’intégration de la population étrangère résidente en Suisse prime sur l’accueil d’une nouvelle population migrante.

Quelle différence y a-t-il entre vos propositions et celles du parti radical ?

Normalement, ce sont les radicaux qui disent que le PSS a trop confiance en l’Etat et pas assez dans le marché. Ce n’est pas parce que ce sont aujourd’hui des socialistes qui émettent les mêmes critiques que c’est moins vrai, ni que nous sommes moins socialistes !

N’y a-t-il pas dans le Manifeste une vision très négative des plus défavorisés de notre société ?

Au contraire, nous voulons une solidarité plus grande encore avec les pauvres du monde entier. En reconnaissant que nous pouvons agir dans le cadre de la globalisation, nous montrons que nous n’oublions pas les plus défavorisés du Tiers-Monde.
Entretien gs

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