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Congrès du PSS: La croissance bonne à tout faire

Le Congrès du Parti socialiste suisse qui se tiendra ce week-end traitera de deux thèmes : la mondialisation et la politique économique et sociale. Premiers commentaires.

Les 24 et 25 octobre, les socialistes suisses tiendront leur congrès ordinaire à Montreux. Malgré les tensions et les conflits d’influence qui entourent la présidence du parti, les congressistes auront néanmoins l’occasion de parler de politique. En effet, deux textes seront soumis à leur approbation. L’un touche à la globalisation économique et s’en tient à des considérations générales sur le processus de mondialisation, tandis que l’autre est entièrement consacré à la politique économique et sociale. C’est ce dernier qui retiendra ici notre attention. Ë une année des échéances fédérales de l’automne 1999, il constitue en neuf pages un programme préélectoral. L’exercice, aussi légitime soit-il, se révèle largement décevant.

Un objectif amplement rabâché

C’est l’angle d’attaque et l’orientation générale de ce texte qui sont les plus discutables. En effet, le document, intitulé « La reprise pour tous ! », est essentiellement orienté sur le redémarrage conjoncturel. Le PSS insiste, à juste titre d’ailleurs, sur la nécessité d’une reprise économique durable en Suisse. Mais cet objectif, rabâché à longueur de pages, en vient peu à peu à constituer l’unique objet de ce texte programmatique. Ainsi, sous couvert de keynésianisme, le PSS laisse entendre que la croissance aurait toutes les vertus, de l’amélioration du problème du chômage à la consolidation des assurances sociales, en passant par des augmentations de salaire. Cette approche laisse entendre que la croissance conjoncturelle serait une condition, en elle-même suffisante, d’un certain nombre de progrès sociaux en Suisse.
Ainsi, lorsque ce document aborde des aspects précis de politique économique, il reste très lacunaire et général. Ceci est particulièrement vrai pour la question de l’emploi et des assurances sociales. Le PSS défend avec raison l’augmentation des rémunérations, l’amélioration des conditions de travail et la réduction de la durée de travail. Mais ces revendications ne sont jamais précisées, le PSS n’expliquant pas quelles réformes la Suisse devrait engager pour réaliser de tels objectifs. Pourtant la croissance, aussi forte soit-elle, n’offre aucune garantie de réussite en la matière. Plutôt que de ne miser que sur elle, il aurait fallu ici aborder la question du salaire minimum, du renforcement du code du travail et préciser quels mécanismes économiques il convient de mettre en œuvre pour réduire l’horaire de travail.
Sur les assurances sociales, le PSS tombe dans le même travers. On apprend en effet qu’une croissance, même modeste, accompagnée de quelques points de TVA, serait suffisante pour consolider les finances des assurances sociales. Certes, mais c’est une façon très étriquée d’aborder la question. Ainsi, l’idée d’une sécurité sociale unifiée protégeant la population contre l’ensemble des risques et offrant une vision globale du système de protection sociale n’est pas abordée. Sur le financement, à côté de la nécessité de croissance économique, aucune idée originale n’est avancée. Un financement écologique, l’introduction d’une contribution sociale généralisée ou encore d’un impôt sur la valeur ajoutée ne sont même pas discutés.

Avoir le monopole de l’optimisme

Par ailleurs, à force aussi d’insister sur une croissance tant attendue, on se demande ce qu’il pourrait advenir si celle-ci ne devait pas être au rendez-vous. Car le véritable problème se situe là. En effet, de la crise russe à la crise asiatique, il y a de quoi nourrir des inquiétudes. Même les plus optimistes des analystes financiers commencent aujourd’hui à faire preuve de crispations, voire de pessimisme. Ainsi, le FMI, d’ordinaire si rassurant, prédit une récession économique à l’échelle mondiale. N’y a-t-il plus alors, dans ce climat morose, que le Parti socialiste pour faire preuve de sérénité et de confiance face aux promesses de l’économie de marché ? En réalité, cet appel teinté d’optimisme à la croissance économique relève d’abord de la propagande électorale. Faute de projet politique, le PSS a décidé de jouer la carte du parti moderne et dynamique. Mais derrière ces termes à la mode, dont on peine à savoir quelle signification politique ils recouvrent, se cache un parti sans véritable projet politique. La reprise pour tous ! s’apparente ainsi plus à un pot-pourri de propositions isolées, sans cohérence entre elles, qu’à un programme politique.
Ce premier document électoral est donc une déception, même si celle-ci sera peut-être atténuée par les nombreux amendements sur lesquels le Congrès devra se prononcer. Mais quoi qu’il en soit, ce texte, qui aurait pu être une contribution intéressante à la construction d’un début de projet politique, restera largement déclamatoire. Par ailleurs, en faisant fi de la crise très profonde que traverse le système capitaliste, le PSS pourrait se trouver bien désarmé, dans un contexte où la croissance n’aurait été qu’illusion et où la récession se révélerait plus dévastatrice que par le passé. gj

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