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Zurich, la cité (trop) modeste

Yvette Jaggi
11 mars 1999
DP 
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Pas facile d’être la plus grande ville de Suisse. D’en être non seulement la plus forte concentration urbaine, mais aussi la métropole économique et financière, la capitale médiatique et l’incontournable relais culturel sur le parcours mondial des arts et des idées.
Par sa puissance, Zurich suscite à la fois jalousie et méfiance. On envie son influence, son ouverture, sa plénitude urbaine. On dénonce son arrogance, son conservatisme, la menace qu’elle représente pour l’équilibre interrégional et la cohésion nationale. On admire et on craint à la fois ses audaces de grande ville. De son côté, Zurich se sent incomprise et douloureusement paradoxale : elle a la force mais aussi la fragilité des grandes unités, vit les problèmes urbains avant et plus intensément qu’ailleurs ; elle connaît sur son territoire les mètres carrés les plus précieux de Suisse et les aides sociales les plus coûteuses. Planète en modèle réduit, la plus globalisée des villes suisses juxtapose les banques et les pauvres. Zurich exerce une fascination certaine, notamment par son immense richesse et sa diversité culturelle, par son goût de l’expérimentation sociale et par son engagement écologique. Mais elle hésite entre complexe de supériorité et modestie exagérée.
Plaque tournante du trafic aérien, seule agglomération suisse approchant le million d’habitants, dotée d’une école polytechnique mondialement renommée, Zurich se situe de plain-pied au niveau international et se réfère aux grandes cités du continent. Elle en oublierait parfois la Suisse, repliée dans son réduit politique Ð et déployant ses investissements sur toute la planète. Mais Zurich se rappelle qu’elle a besoin d’un Hinterland, qui lui vaut d’être la première dans le pays au lieu de se retrouver dans le gros du peloton des villes d’Europe. Qui lui vaut aussi son statut de hub helvétique. Or justement : Swissair menace de quitter en partie son port d’attache et de jouer à Kloten un tour analogue à celui qui a tant fait enrager à Cointrin. Si l’aéroport intercontinental de Zurich ne peut se développer comme souhaité, Swissair rabattra le départ de ses grandes lignes sur Francfort ou Milan.
De quoi rendre Zurich soudain (trop ?) modeste. Elle n’ose pas envoyer un(e) second(e) représentant(e) au Conseil fédéral ; elle n’ose pas critiquer un projet venu d’Outre-Gothard ou d’Outre-Sarine, de peur de se faire ratatiner au nom du respect des minorités.
N’était la richesse de Zurich, n’était sa manière forte d’imposer l’usage de l’anglais plutôt que des langues nationales, on pourrait imaginer que Zurich, dans un excès de modestie corrigeant son excès d’assurance, se pense à son tour comme une minorité Ð à peine plus nombreuse que la Romandie. La cohésion nationale en prendrait un méchant coup, dont le fédéralisme lui-même ne se remettrait pas. YJ

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