Les hoquets de la révision des plans directeurs de l’aménagement du territoire genevois et vaudois devraient amener à repenser ces exercices rituels.
Dans le canton de Vaud, c’est un crédit de deux millions pour lancer l’étude d’un nouveau plan directeur de l’aménagement du territoire que la droite, majoritaire au Grand Conseil, a refusé d’emblée au conseiller d’Etat vert Philippe Biéler.
A Genève, il y avait le « Projet 2015 », un document ébouriffant mis en chantier par Philippe Joye sous le gouvernement monocolore de droite pour lancer la révision du plan directeur étriqué et conservateur laissé par Christian Grobet. Philippe Joye parti après une législature, l’Alternative majoritaire au Grand Conseil, il revenait au socialiste Laurent Moutinot, tout de raison et de prudence, de limiter la casse. Après avoir passé à la moulinette de la commission parlementaire, le «Projet 2015 » a été refusé au vote final par l’addition de la droite et de l’Alliance de gauche.
Au départ de telles entreprises, il y a l’ambition louable d’inscrire l’action publique dans un cadre, de penser à long terme, d’harmoniser les objectifs et besoins éventuellement divergents de différents domaines, de dépasser les cloisonnements. C’est ce qui a conduit dès les années soixante-dix à la floraison des concepts et autres conceptions, qu’elles soient générales ou globales. Mais d’une exigence de clarté et de prévisibilité, on dérape sournoisement vers une sorte de négation du politique : on passerait du fait du prince, avec son arbitraire bon plaisir, à la conduite objective et rationnelle des affaires publiques, orientée par la science des technocrates. Aménagement du territoire, environnement, énergie, transports, la conception globale est un exercice obligé Ð et pourtant il échoue souvent car, justement, le politique n’est pas mort et il se venge.
La leçon de cette histoire, c’est qu’il faut ramener l’exercice à sa juste dimension : des documents destinés, en dernière analyse, à être approuvés par une autorité politique, législative ou exécutive, n’ont pas et ne sauraient avoir de prétention scientifique. Leur vocation est de déterminer l’orientation stratégique qu’une collectivité veut se donner, et cela peut être fait de manière simple et intelligible. Cela implique aussi une prise en compte du calendrier démocratique que trop souvent experts et fonctionnaires veulent ignorer souverainement : la législature de quatre ans. Tout document dont la gestation est longue est condamné à se trouver dépassé si d’aventure il est enfin approuvé. Il faut aussi lutter contre une autre tentation : la conception d’autant plus belle qu’elle est détachée du réel, refuge idéaliste servant de cache-sexe aux compromissions quotidiennes qui la nient.
Une vision plus modeste repose enfin sur une distinction plus claire des rôles des uns et des autres : au Parlement l’orientation stratégique (à long terme mais à revoir en début de chaque législature), au gouvernement la planification opérationnelle dans un programme de législature et des contrats de prestations, à l’administration et aux entités décentralisées la mise en œuvre. fb





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