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Livre : La main au collet

icone auteur icone calendrier 16 septembre 2005 icone PDF DP 

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Les Français ont inventé la notion de «cadre»: des hommes et des femmes en cravate ou en tailleur dont la responsabilité dans l’entreprise va au-delà de la simple exécution de tâches techniques. Les sociologues américains ont distingué voici bien longtemps les cols bleus -les ouvriers – des cols blancs, ceux qui ne se salissent pas au travail. Etrangement, ces deux notions devenues universelles sont peu utilisées chez nous. La presse parle peu de «cadres» et les «cols bleus» sont généralement assimilés aux immigrés.
Beaucoup d’entreprises se sont massivement restructurées depuis quelques années, souvent en ayant recours à des consultants au vocabulaire abscons. Il est question désormais de flexibilité, de réactivité, avec abondance de termes anglais. Quoi de commun entre le sens de la responsabilité du collaborateur aux tâches bien définies, parfois un peu monotones, dans l’entreprise traditionnelle et le cadre d’une entreprise restructurée dont on attend un engagement maximum, le plus souvent dans des conditions précaires et sans garantie de l’emploi ?
Des sociologues lausannois viennent de publier sur ce thème un ouvrage parfois un peu laborieux, ni vraiment universitaire, ni vraiment grand public, mais qui trace des pistes intéressantes. Un point central est celui de la confusion entre vie professionnelle et vie privée. Dans l’entreprise traditionnelle, même le directeur surchargé était en mesure de faire une coupure nette entre la fonction qu’il remplissait et sa vie hors du travail. Les relations hiérarchiques dans lesquelles il était impliqué le contraignaient dans son autonomie au travail mais traçaient des frontières claires entre l’entreprise et l’extérieur.
Dans l’entreprise restructurée, comme disent les auteurs, le cadre travaille en «réseau», il est censé être autonome, maître de son temps, mais il n’a plus de sentiment d’appartenance. Le sentiment de loyauté disparaît, les frontières entre public et privé s’estompent et ce cadre qui devrait s’épanouir dans la liberté est en fait contraint au repli pour défendre sa vie privée. Nous nous souvenons, au beau temps de la bulle Internet voici cinq ans, de cet employé d’une dotcom, plein d’enthousiasme, expliquant à la télévision qu’il avait un sac de couchage pour dormir au bureau. La servitude volontaire n’est heureusement pas une fatalité. jg

Marianne Modak, Françoise Messant, Entre engagement et arrangements, le sens de la responsabilité au travail chez les cols blancs de PME. EESP, Lausanne, 2005.

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