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Sécurité : Les hooligans en fiches

Un Etat doit se protéger contre ses ennemis. Pendant longtemps la Suisse s’est abritée derrière un colossal entassement de blindés, de fortifications, d’artillerie, de citoyens soldats et de fichiers recensant suspects et traîtres potentiels. Le communisme s’est écroulé, le scandale des fiches a éclaté, l’armée a été mise au régime minceur et les moyens d’investigation policières ont été mis sous contrôle.
De nouvelles menaces ont surgi. Elles ne doivent être ni surestimées, ni traitées par le mépris. Le terrorisme islamique ne menace probablement pas directement la Suisse, mais notre pays ne doit pas servir de base arrière. L’extrême droite regroupe au plus quelques milliers de sympathisants, mais il vaudrait mieux éviter de leur donner l’occasion annuelle de se mettre en évidence sur la prairie du Grütli. Les anarchistes du Black Bloc font partie du folklore des villes alémaniques, mais briser des vitrines de magasins comme protestation rituelle contre le forum de Davos n’est pas tolérable. Le hooliganisme ne concerne que de petits minorités, mais ce n’est pas une raison pour laisser converger vers la Suisse tous les adeptes des troisièmes mi-temps musclées à l’occasion de l’Euro de 2008.
Il y a quelques semaines le Conseil fédéral a créé un état-major afin de mieux coordonner les activités du service de renseignement stratégique de la défense et le service d’analyse et de prévention des affaires étrangères. Voilà qui est bien, mais les organes de coordination peuvent accroître l’efficacité de la bureaucratie aussi bien que son inertie.
Dans la perspective de l’Euro de football 2008, le gouvernement a adopté un message au sujet des modifications législatives pour lutter contre le hooliganisme. Il sera possible d’interdire une zone à certains individus, de limiter les départs à l’étranger, d’obliger des personnes à se présenter à la police ou d’instituer des gardes à vue de vingt-quatre heures. Ces mesures sont valides jusqu’à la fin 2008. Il est vrai que la compétence juridique de la Confédération pour édicter de telles normes suscite de nombreux doutes.
Enfin, des fuites dans la presse et le refus de Christoph Blocher ont sans doute mis fin au projet de la police fédérale de revenir à un système de fichage qui enregistre les opinions politiques ou syndicales d’individus jugés suspects. Visiblement certains fonctionnaires fédéraux n’ont toujours rien appris de l’affaire des fiches.
Complétons le panorama par l’utilisation des caméras de surveillance dans les espaces publics. On sait leur rôle dans l’identification des suspects des attentats de Londres. En Suisse, elles n’existent guère, les normes légales sont absentes et ce type de surveillance est très mal perçu. Nous aurions préféré que la police fédérale conduise une réflexion à ce sujet, montre les limites et les avantages de ces nouvelles formes de contrôle, plutôt que de prévoir le fichage des squatters genevois et des crânes rasés de Langenthal, en suscitant même l’ire de Christoph Blocher, c’est tout dire.
En fait il manque une réflexion d’ensemble sur les menaces actuelles et les moyens d’y répondre. Il est vrai qu’une telle synthèse mettrait sans doute cruellement en lumière l’inadaptation de l’armée de milice, la faiblesse du renseignement extérieur et le maintien des vieilles habitudes d’une partie de la police fédérale. Ce serait sans doute un peu difficile à digérer d’un seul coup. jg

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