Page d'accueil - 1 Navigation - 2 Aller au contenu - 3 Derniers articles - 4 Recherche - 5 Contact - 6

Edito : Les étrangers rentrent dans la cité

L’initiative contre le droit de vote accordé aux étrangers dans la nouvelle Constitution vaudoise a échoué. Les opposants étaient peu nombreux, mal organisés et sans soutien politique. L’inscription du droit de vote aux immigrés est sous-tendue par un mélange de remords, de générosité et de désir d’ouverture. Les étrangers adultes sont venus dans notre pays. Ils ont contribué à sa prospérité, payé des impôts, donné plus qu’ils n’ont obtenu et nous sommes d’une certaine manière leurs obligés. L’acquisition de notre bourgeoisie est difficile. En leur permettant de voter, même seulement au niveau local, nous leur rendons ce qu’ils ont apporté (lire en page 3). Voilà pour le remords et la générosité. C’est aussi une manière de montrer que le pays ne se referme pas sur lui-même, que sa culture n’est pas figée dans la peur et sur la défensive. Voilà pour l’ouverture.
Sous un discours moderne, c’est une logique vieille comme les sociétés humaines qui est à l’œuvre, celle du don et du contre-don. La gratuité n’existe pas. Si tu me donnes quelque chose, ton temps, ton travail qui m’a rendu plus riche, alors à un moment ou à un autre je dois te le rendre. Le droit de vote aux étrangers est une restitution symbolique. Et la possibilité de l’accorder sans la citoyenneté marque une évolution majeure de la notion d’identité.
Au début était la cité. Hors des murs rôdaient les barbares. On était membre de la cité parce que depuis des temps lointains, vaguement magiques, la famille avait toujours été là. C’est le droit du sang, toujours à l’œuvre sans nuances jusqu’à une date récente en Allemagne. Ensuite, il suffit d’habiter depuis assez longtemps la cité pour y être accepté, c’est le droit du sol. Autrefois lorsqu’on quittait son pays, il était rare d’y retourner. Avec le xxe siècle, les moyens de transport rapides et le développement des médias, voilà qu’il devient possible de faire des allers et retour, de maintenir des liens avec la terre natale, souvent par sécurité, c’est le temps des doubles nationaux.
Le cœur de l’Europe vit en paix depuis près de soixante ans. Les migrations s’accélèrent, les modes de vie se standardisent. On peut vivre dans un pays, s’y sentir bien et ne pas chercher à en acquérir la citoyenneté. La société d’abondance fait preuve d’une tolérance nonchalante. Les partisans de la tradition sont toujours là bien sûr, mais rarement majoritaires. Les identités sont multiples. Mais un pays ne peut se dissoudre dans un grand tout. Il existe parce qu’il a des limites, un territoire, des frontières. Il y a toujours nous qui tremblons dans les guerres symboliques du football et eux que nous souhaitons battre. C’est un des problèmes de la construction de l’Europe. Le maintien de l’accueil et de l’ouverture n’a probablement un sens que si nous savons aussi où est la frontière.

Recommander cet article
logo creative commmons license creative commons

La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/5282 - Merci

Discussion

Pas encore de commentaire.

Les commentaires sont fermés.

Le Kiosque de DP

RSS email icon

The Climate Fixers

Is there a technological solution to global warming? (The New Yorker)

icone lien Lire l'article

So lullt die Pharma Parlamentarier ein

Einige Parlamentarier der SVP, FDP und CVP plappern nach, was ihnen die Pharma vorlegt. Dafür finanziert die Pharma diese Parteien (Infosperber)

icone lien Lire l'article

Une principauté au bord de l’implosion: le Liechtenstein suivra-t-il la mouvance des Printemps révolutionnaires?

Le comité «Oui, pour que ta voix compte» a déposé, début février 2012, un projet d’initiative populaire qui vise à retirer au prince de cette monarchie constitutionnelle le droit de veto sur les résultats des votations. Qui aura le dernier mot, le prince ou le peuple? (atlantico.fr)

icone lien Lire l'article

L’économie du bonheur, une décroissance séduisante

Dans le monde anglo-saxon, nulle place pour la sinistre décroissance. Pourtant, les chercheurs se penchent sur d’autres modèles économiques qui ressemblent à s’y méprendre aux théories de la décroissance (Slate.fr)

icone lien Lire l'article

Die neue Kolonisation Afrikas

Seit 2000 wurden weltweit Landflächen so gross wie halb Westeuropa verkauft. Eine Website zeigt den Ausverkauf der Welt (Infosperber)

icone lien Lire l'article

François Hollande und die Wachstumsdebatte

Wenn man von Wachstum spricht, sollte man zuerst einmal klären, woran man hier denkt (Economy Blog, Tages-Anzeiger)

icone lien Lire l'article

Les paradis fiscaux : visite guidée

Quelles sommes sont cachées dans les paradis fiscaux ? Par qui ? Et comment ? A l’aide d’une méthodologie originale et de données jusqu’alors sous-exploitées, Gabriel Zucman apporte une lumière nouvelle et crue sur ces problèmes, en espérant que cela puisse aider à améliorer la lutte contre les paradis fiscaux (La Vie des idées)

icone lien Lire l'article

The New Class Warfare

California’s superwealthy progressives seem intent on destroying middle-class jobs (City Journal)

icone lien Lire l'article

« Nous ne voulons pas mourir dans les décombres du néolibéralisme! »

Le manifeste du Collectif « Roosevelt 2012″ (Le Monde)

icone lien Lire l'article

Suisse et UE: la belle-famille

Un supplément de 36 pages de Europolitique, le quotidien des affaires européennes

icone lien Lire l'article