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Conseil fédéral : Le Plateau gouverne la Suisse

Jusqu’en 1999, les membres du Conseil fédéral devaient tous être originaire d’un canton différent. Depuis, cette règle a été abolie. Elle avait pour but d’éviter une représentation trop forte des grands cantons. L’esprit de cette disposition ne fut guère respecté lorsqu’en 1973 Pierre Graber, certes Neuchâtelois d’origine mais à la carrière politique exclusivement vaudoise, fut rejoint au Conseil fédéral par un Vaudois de souche, si l’on ose dire, Georges-André Chevallaz. Deux anciens syndics de Lausanne siégèrent ainsi simultanément au Conseil fédéral dans les années septante.
L’élection du 10 décembre a été vécue comme purement politique et sans égards pour les femmes. Mais la dimension régionale y a joué un rôle très important. Le Conseil fédéral sortant penchait vers l’Occident. Avec les deux Romands, le Seelandais Samuel Schmid et le Fribourgeois Joseph Deiss, quatre conseillers fédéraux sur sept venaient de l’ouest de Berne et étaient issus d’une population, en gros, de deux millions d’habitants (cantons romands avec les districts limitrophes bernois) alors que la Suisse est peuplée de 7,3 millions d’individus. Le déséquilibre est évident. L’élection de Christine Beerli, une autre habitante du Seeland, aurait donné un poids disproportionné à la Suisse occidentale dès l’instant où Joseph Deiss était réélu.
Des pans entiers du pays sont de moins en moins présents, ce qui laisse assez indifférent les Romands dont la représentation est assurée. Deux conseillers fédéraux étaient issus de la Suisse centrale et orientale : Ruth Metzler et Kaspar Villiger. Il n’y en a désormais plus qu’un : Hans-Rudolph Merz. Et depuis le départ d’Otto Stich en 1995, le grand Nord-Est, de Bâle à Soleure, n’a plus envoyé qui que ce soit au gouvernement.
En fait deux pôles forts se dessinent peu à peu. Tout d’abord un grand Zurich avec des conseillers fédéraux qui n’y résident pas forcément, mais dont la vie professionnelle antérieure tournait dans une orbite plus ou moins proche de la métropole de la Limmat. Tout Appenzellois qu’ils soient, les conseillers d’entreprise Ruth Metzler et Hans-Rudolf Merz avaient forcément un contact constant avec le monde des affaires de la Bahnhofstrasse, même si l’homme d’Herisau présidait le conseil d’Helvetia-Patria dont le siège est à St-Gall.
Le second pôle est celui de l’ouest de la Suisse, des cantons latins et du versant alémanique de la frontière linguistique qui produit depuis une vingtaine d’années de nombreux politiciens d’envergure, de Ruth Lüthi à Christine Beerli, de Peter Bodenmann à Otto Piller ou Samuel Schmid. Ces gens de la frontière sont bilingues et savent construire des ponts entre les régions du pays.
Le reste de la Suisse est un peu réduit à la portion congrue et doit se contenter de placer l’un ou l’autre des siens de temps en temps au Conseil fédéral. Cette situation est-elle appelée à durer ? Le pronostic est difficile, mais le poids de Zurich ne va certainement pas diminuer et pour le maintien de l’unité du pays, le rôle de la bande bilingue de Sierre à Macolin, via Jaun et Morat, pourrait bien s’accroître dans notre vie politique.

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