Page d'accueil - 1 Navigation - 2 Aller au contenu - 3 Derniers articles - 4 Recherche - 5 Contact - 6

Histoire : Les bisses et la mondialisation

Les bisses du Valais ont suscité depuis longtemps l’intérêt des historiens. Les bisses sont des canaux en bois serpentant le long des chemins et parfois des falaises. Ils sont destinés à transporter l’eau puisée dans des sources d’altitude pour irriguer des prairies en contrebas. L’existence des bisses et l’union des WaldstÅ tten répondent à la même logique comme le montre un article récent de Denis Reynard1. Le contrôle des cols alpins est à l’origine du pacte des cantons primitifs pour faciliter l’exportation du bétail sur pied dans la plaine lombarde. Les bisses du Valais étaient destinés à favoriser l’approvisionnement en fourrage du bétail lui aussi destiné à être vendu au loin.
Lorsque l’eau est rare, sa gestion est toujours au cœur des enjeux politiques. Il en va de même en Valais. Il existe bien au xve siècle une administration seigneuriale, mais ce sont des structures communautaires qui construisent et entretiennent les bisses. Ces groupements de paysans sont appelés aujourd’hui des consortages. Le mot latin consortes était en usage à l’aube de la Renaissance. Les documents les plus anciens datent de cette époque et du besoin de clarifier par écrit les droits et les devoirs réciproques.
Les biens communs, alpages, forêts, torrents sont concédés par les seigneurs aux villages de montagnes qui les exploitent et se comportent en propriétaires de fait. Les consortages fonctionnent un peu comme des sociétés par action où le papier valeur est remplacé par une «part d’eau» qui parfois peut être vendue. Denis Reynard est frappé par l’aspect très égalitaire de ces groupements dans lesquels aucune hiérarchie ne se distingue clairement, même si à l’évidence, les gros propriétaires y sont prépondérants.
Une comparaison avec la vallée d’Aoste montre que les «rus», nom des canaux d’irrigation dans la grande vallée du sud, restent fermement en main des seigneurs, alors que les communautés rurales font à peu près ce qu’elles veulent dans le Valais épiscopal et sont très autonomes dans l’Ouest et le Chablais dominé par des seigneurs.
Loin de l’image folklorique d’aujourd’hui, le bisse d’autrefois est un gros investissement à risque qui s’insert dans un univers de grand commerce soumis à de nombreuses fluctuations. C’est une forme originale de capitalisme communautaire, avec un esprit d’entreprise qui a peut-être perduré à travers les siècles, jusqu’aux réalisations touristiques du xxe siècle, hélas, beaucoup moins discrètes que les bisses dans le paysage valaisan.

1Denis Reynard, «Histoires d’eau, bisses et irrigation en Valais au xve siècle», Cahiers lausannois d’histoire médiévale n° 4, Université de Lausanne, 2002.

Recommander cet article
logo creative commmons license creative commons

La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/5256 - Merci

Discussion

Pas encore de commentaire.

Les commentaires sont fermés.

Le Kiosque de DP

RSS email icon

Das «beste Gesundheitssystem» wird zum Lazarett

Das Schüren von Angst macht krank. Ärzte wissen das. Trotzdem malen ihre Fachgesellschaften schwarz und machen Gesunde zu Kranken (Infosperber)

icone lien Lire l'article

Lackmusprobe für Bundesrat Alain Berset

Die Pharmaindustrie lobbyiert für höhere Medikamentenpreise. Der starke Franken mache ihr zu schaffen – in Wahrheit profitiert sie (Infosperber)

icone lien Lire l'article

«Um euren Finanzplatz mache ich mir keine Sorgen»

Griechenland wird laut Star-Ökonom Nouriel Roubini nicht das einzige Land sein, das die Eurozone verlassen wird. Weshalb er für die Schweiz deshalb kaum Gefahr sieht, erklärt er im Interview mit Tagesanzeiger.ch/Newsnet

icone lien Lire l'article

«Die Asylverfahren sind kafkaesk»

Migrationsexperte Thomas Kessler sagt, von der Schweizer Asylpolitik profitierten heute die Falschen. Er fordert einen Umbau unter linker Führung (Tages-Anzeiger)

icone lien Lire l'article

«Die Politiker sind süchtig nach Moral»

Der Germanist Peter von Matt sieht die Affäre Hildebrand auch als Folge einer boulevardisierten Politik. Und gerade davon habe die Bevölkerung genug, wie die letzten Wahlen zeigten (Tages-Anzeiger)

icone lien Lire l'article

D’une grande crise à l’autre: quelles ruptures politiques?

Peut-on tirer les leçons de la crise de 1929 ? (Le Monde)

icone lien Lire l'article

Freie Hand für die Vermögensverwaltung der Bundesräte

Sous réserve de légères restrictions, les membres du Conseil fédéral sont libres de gérer leur fortune privée (NZZ Online)

icone lien Lire l'article

Le drôle de destin de la taxe Tobin, des altermondialistes aux libéraux

Drôle de destin que celui de cette taxe, imaginée par un économiste libéral aux Etats-Unis en 1972, popularisée par les altermondialistes d’Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne), et portée par les socialistes européens, avant de se voir aujourd’hui défendue par des gouvernements libéraux comme ceux de Nicolas Sarkozy et Angela Merkel (Le Monde)

icone lien Lire l'article

2012-2015: les enjeux sociaux en Suisse

Ces quatre prochaines années, les débats seront vifs sur toutes les composantes du système social suisse : l’AVS, le deuxième pilier, la maladie, le chômage, l’invalidité et la pauvreté. Etat des lieux et des enjeux. Par Stéphane Rossini (Revue REISO)

icone lien Lire l'article