Au sortir de la Seconde guerre mondiale le Népal est
un pays fermé. Il ouvre ses portes aux alpinistes en 1950. Un
apiculteur de Nouvelle-Zélande, Edmund Hillary, conduit une expédition
à la conquête de l’Everest en 1951. C’est la première fois qu’une
ascension est tentée par le côté sud. Le Tibet était le lieu de départ
traditionnel des tentatives d’escalade. Il est bouclé depuis la prise
du pouvoir par les communistes en Chine. Hillary reconnaît les lieux,
mais il est arrêté par des séracs et de nombreuses crevasses.
En
1952, une expédition suisse, ou plutôt genevoise, avec Raymond Lambert,
tire parti de l’expérience d’Hillary, et emmène avec elle comme chef
des Sherpas un certain Tensing Norquay. Les séracs sont franchis, mais
Lambert et Tensing échouent cent mètres en dessous du sommet en raison
d’appareils à oxygène malheureusement défectueux. L’année suivante,
Edmund Hillary, avec Tensing, atteint le sommet le 29 mai à 11 h 30.
Dans cette histoire, les Suisses et le Néo-Zélandais se sont relayés,
chacun apprenant de l’expédition précédente, Tensing travaillant pour
les deux camps.
En 1995, les Néo-Zélandais gagnent la coupe de
l’America, la plus vieille compétition sportive de la planète. Ils
récidivent en 2000. Ernesto Bertarelli embauche alors les meilleurs
marins des antipodes et fait construire un bateau suisse, Alinghi, qui
lui permet de ramener la coupe en Europe d’où elle était partie en
1851. Cinquante après l’Everest, à trois mois près, c’est un autre
relais entre ces deux petits pays.
Ainsi l’apiculteur d’Auckland a
vaincu sur un terrain, l’alpinisme, que l’on croyait réservé aux
Helvètes, et les Suisses ont gagné sur l’océan qui semblait par
excellence un espace réservé aux Néo-Zélandais. Aujourd’hui, Sir
Edmund, bien sûr anobli par la reine, et qui connaît bien notre pays,
vit toujours à Auckland où il doit sûrement apprécier l’ironie de la
situation. Les livres sur la conquête de l’Himalaya oublient souvent
Raymond Lambert. Il est vrai que l’on connaît la fameuse réplique
adressée à la reine Victoria lorsqu’elle demanda qui était derrière la
goélette America en 1851: «Madame, il n’y a pas de second ?» répondit
un amiral.
Coupe de l’America : Sir Edmund et Alinghi
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