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Expo.02: L’éternel retour de l’Expo

Jacques Guyaz
1 novembre 2002
DP 
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A la fermeture de l’exposition nationale de Lausanne
en 1964, Domaine Public avait tiré un bilan critique de la
manifestation. Nous avons décidé de reprendre les arguments de l’époque
et de les appliquer à l’examen d’Expo.02.
Le sens des deux
événements, l’ancien et le récent, se dégage avec force. Au delà des
ressemblances troublantes, c’est la Suisse qui a changé. Expo.02 a
représenté de façon caricaturale, sinon dramatique, l’écart entre deux
époques.

Point par point, voilà comment d’une exposition
nationale à une autre on prépare la suivante entre mémoire et oubli. Et
si l’histoire se répète, c’est pour faire échec au temps qui passe et à
l’éphémère qui rouille les hommes et les choses.

Genèse

L’Exposition
nationale fut conçue par les autorités vaudoises unanimes nous apprend
Domaine Public en 1964. D’ailleurs les dites autorités semblent être au
nombre de trois : le Conseil d’Etat bien sûr, la municipalité de
Lausanne évidemment, mais aussi le Comptoir suisse, axe central de
l’économie vaudoise de l’époque. D’ailleurs le Comptoir proposait
d’accueillir l’expo agricole avec un téléphérique allant de Vidy à
Beaulieu en survolant toute la ville.
Quelques-uns des fondateurs de
DP furent impliqués dans un projet alternatif: réaliser un aménagement
urbain modèle avec une cité idéale construite entre Bussigny et
Lausanne en faisant appel à Le Corbusier. Doit-on regretter l’absence
d’un Chandigarh vaudois ? On retrouve là une idée force de l’époque, la
mystique de l’aménagement du territoire, qui amena toute une vague de
fringants universitaires à rallier l’Etat et à diffuser la bonne parole
dans les campagnes. Par une étrange ironie, Expo.02 porta à sa tête la
responsable du service de l’aménagement de l’état de Vaud, Nelly
Wenger, successeur lointain des missi dominici des années soixante.
La
différence entre 1964 et 2002 éclate dans cette genèse. Pas
d’oppositions à l’époque, mais des propositions alternatives, la
conviction aussi que l’exposition allait rapporter de l’argent à
l’image de la Landi de 1939, avec une période suffisamment longue entre
la conception de 1955 et l’ouverture en 1964 pour que tout soit bien
préparé et planifié, contrairement à la précipitation d’Expo.02 même
si, en définitive, le Comptoir suisse ne fut pas retenu en 1964 !

Critique

Etranges
similitudes aussi. DP nous apprend qu’en 1964 la presse ne s’attacha
guère au fond, mais se préoccupa surtout des tenues du chef de gare du
monorail et des chapeaux des hôtesses. On rappellera, en opinant du
chef, que la top model, comme on ne disait pas encore, qui présenta la
coiffe célèbre n’est autre que l’actuelle conseillère aux Etats
vaudoise Christiane Langenberger.
La presse quotidienne n’a donc pas
varié dans ses intérêts en trente-huit ans, si ce n’est que les Romands
de l’époque regardaient les Alémaniques avec une méfiance qui
n’existait pas dans les queues d’Expo.02. Ainsi la Tribune de Lausanne
du 5 juillet 1964, l’ancêtre du Matin, accusa dans un éditorial nos
compatriotes d’outre-Sarine de bouder l’Exposition de 64. A l’inverse,
Expo.02 semble avoir jeté des ponts de bratwurst sur le röstigraben en
mettant fin à la fâcherie des années quatre-vingt-dix.
L’Exposition
de 64 appartient à une période où règne dans le canton de Vaud un brave
paternalisme démocratique. Les critiques sont perçues comme de la
malveillance. Les réactions sont affectives. Comme en 2002, la radio et
la télévision font œuvre de propagande et comme l’écrit Domaine Public
« elles n’ont pas cessé de multiplier les appels, les louanges, le
racolage ». On pourrait reprendre cette phrase mot pour mot trente-huit
ans plus tard.

Bilan

En 1964, l’Exposition vise l’avenir.
Les mots d’ordre sont à l’amélioration de la formation, la lutte contre
la pollution, l’aménagement du territoire (encore lui !) et la
nécessité d’exporter ! En 2002, on le sait, l’Expo n’a pas de slogan,
ne connaît ni avenir, ni passé, rien d’autre qu’un éternel présent. On
est passé de la raison à la sensation, du pays à l’individu, de la
réflexion au plaisir.
Le passage en revue des pavillons opéré par
Domaine Public n’évoque plus grand chose pour l’adolescent que nous
étions. Des noms surprennent comme celui de Liebermann, grand directeur
de l’Opéra de Paris dans les années soixante-dix, dont nous ignorions
qu’il avait sévi à l’Exposition de 64. La voie suisse, les films de
Henry Brandt ? On peut se poser une question identique pour Expo.02.
Dans trente-huit ans, qu’en restera-t-il dans l’esprit des adolescents
d’aujourd’hui ? Un vague souvenir du monolithe ?
Le modernisme
architectural de l’Exposition de 64 est souligné. C’est sans doute le
grand point commun avec 2002. Dans nos souvenirs et en revoyant
maquettes et photos, elle «tient le coup» face à sa descendante. Les
Lausannois qui fréquentent le théâtre de Vidy peuvent en témoigner.
Nos
descendants iront voir Expo.40 au bord du Bodensee et Domaine Public
s’interrogera gravement sur l’absence de toute référence à l’Europe
dans les pavillons disséminés entre Kreuzlingen et Romanshorn. jg

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