Fransizka Rochat Moser n’avait pas gagné trois médailles d’or aux jeux olympiques comme Vreni Schneider ; elle n’a même jamais rapporté la moindre médaille de bronze d’un championnat d’Europe ; elle a rarement fait les gros titres de la presse sportive sauf en une seule occasion, lors de sa victoire sous la pluie dans le mythique marathon de New-York.
La télévision a repassé ces images étonnantes où l’on voit une espèce de sergent des Marines ressemblant vaguement à Sigourney Weaver dans Alien 4 franchir la ligne d’arrivée, complètement dégoulinante. Bien sûr Franziska Moser a épousé un cuisinier célèbre, ce qui lui valait de figurer de temps à autre dans les pages
« pipeule » des magazines. Mais cela n’explique pas cette émotion générale dans toute la population suisse à l’annonce de son décès ; cette cathédrale de Lausanne pleine d’inconnus lors de l’hommage qui lui a été rendu.
Une Bernoise si bien intégrée
D’une certaine manière, Franziska Rochat Moser était perçue comme la Suissesse idéale. Débarrassée de son masque de marathonienne, cette jolie Bernoise blonde, nette et souriante représentait l’image rêvée de l’Alémanique telle que les jeunes Romands l’imaginent lors de leur séjour linguistique, celle que l’on a envie de ramener chez soi en traversant le tunnel de Chexbres. Et justement, les mouvements de son cœur l’ont entraînée sur nos rivages. Nous ne l’avons jamais vue, jamais rencontrée, si ce n’est en photos, toujours très chic et élégante en patronne de grand restaurant.
Vue de loin, nous avions l’impression qu’elle avait toujours été là , tellement elle semblait intégrée. Bien sûr, Vaudois et Bernois sont fort semblables, même si les aléas de l’histoire les ont séparés, mais tout de même pas à ce point là . Elle avait aussi, semble-t-il, le sens de l’intérêt général. Le parti radical l’avait sollicitée pour se présenter sur sa liste au National.
Notre marathonienne était un vivant démenti de la barrière de Rösti. Au fond elle était tout simplement une citoyenne suisse et son parcours symbolisait d’une certaine manière obscure et peu consciente l’unité du pays. L’émotion générale vient sans doute de là . Notre pays pudique sait peu s’abandonner et se rassembler. Il en a trouvé l’occasion et n’ose pas trop le dire. Nous vous aimons Madame et votre profil ornerait avec dignité la face de nos francs ou de nos billets de banque. jg


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