Victime de sa nature ouverte, infiltré par des sites racistes et xénophobes, Internet supporte mal toute limitation, même nécessaire, à son rayonnement.
Le conseil de l’Europe est en train d’élaborer un protocole additionnel contre le racisme et la xénophobie sur Internet. Ce document doit être prêt pour le 30 avril 2002. La Suisse participe à son élaboration. Notre pays est représenté par deux fonctionnaires de l’office fédéral de la justice. Une version préliminaire de ce document, censé rester confidentiel jusqu’à son adoption a été publiée sur le site alternatif IRIS (Imaginons un réseau Internet solidaire).
Ce document n’a rien de particulièrement remarquable si ce n’est qu’il pose une fois de plus le problème de la liberté d’expression dans un domaine où les zones grises sont nombreuses. Il définit les données xénophobes ou racistes dont la présence sur Internet devrait conduire à des poursuites judiciaires. Le document original est en anglais, mais si nous nous essayons à une traduction, nous obtenons la définition suivante : « ?tout matériel écrit, toutes images ou autres formes de représentations de pensées ou de théories, qui défend, promeut ou incite à des actes de violence, de haine ou de discrimination contre des individus ou des groupes basés sur la race, la couleur, la religion, la nationalité ou l’origine ethnique ».
Naturellement cette définition est tout ce qu’il y a de plus politiquement correct. On s’étonne tout de même de voir repris dans un texte du conseil de l’Europe, certes encore à l’état de brouillon, des termes comme « race » ou « ethnie » sans réalité scientifique, et qui sont une contamination du langage par les mots même utilisés dans les milieux d’extrême-droite.
On voit bien ce qu’un Etat, disons moyennement autoritaire, comme la Roumanie, la Slovaquie ou la Russie, pourrait tirer d’une telle définition. Une interprétation extensive de ce texte pourrait conduire un pays à interdire par exemple toute critique laïque contre les églises, ou la Russie, toute expression d’indépendance des Tchétchènes sur Internet.
Bien sûr, les conventions du conseil de l’Europe doivent être traduites dans les législations nationales avant de prendre effet et ce texte sera peut-être oublié à peine adopté. Il est bien certain qu’en Occident, il n’en sera pas fait une interprétation excessive, mais méfions-nous tout de même des ravages du politiquement correct et de l’étalage de la vertu. jg
Le site IRIS est à l’adresse suivante : http://www.iris.sgdg.org





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