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Science-fiction: God bless America

Jacques Guyaz
1 février 2002
DP 
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Les éditions Antipodes viennent de publier un recueil d’articles analysant quelques films-catastrophe américains sous l’angle politique et sociologique. Edifiant.

S’il est un vice bien caché, impuni et sans danger, c’est celui qui rassemble les amateurs de science-fiction. Les polars se lisent au grand jour ; ils ont leurs grands auteurs, leurs classiques et ils font partie de plain-droit de la grande littérature. La situation de la science-fiction est différente. Pour le grand public cultivé, elle relève souvent du degré zéro de la littérature, une sorte de version techno de la collection Harlequin.

Simpliste

Comme tout genre, elle a pourtant ses grands maîtres et ses chefs-d’œuvre, mais la science-fiction au cinéma est beaucoup plus populaire. Tout le monde connaît E.T. ou le cycle de Star Wars. Mentionnons en passant ce film remarquable et méconnu qu’est Star Gate avec ses dieux égyptiens descendant d’un véhicule spatial en forme de pyramide. Les éditions Antipodes ont eu la bonne idée de publier, sous le titre De beaux lendemains , un recueil d’articles consacrés à une analyse sociologique et politique de la science-fiction.
Les articles consacrés au
7e art et surtout au sous-genre du film catastrophe sont particulièrement frappants. La vision de la société américaine proposée par Hollywood y entre singulièrement en résonance avec les réactions des Etats-Unis depuis le 11 septembre. Independance Day, Armageddon et Deep Impact sont les trois succès les plus récents dans le genre catastrophe. Le premier décrit une invasion d’extra-terrestres vraiment très méchants. Les deux autres ont pour scénario l’arrivée de deux météorites géantes qui pourraient bien détruire la planète si ?
Dans son article, Laurent Guido considère que les trois crises sont résolues de manière similaire par l’affirmation du pouvoir en place qui montre sa capacité à gérer la situation. Bien que le problème soit planétaire, ce sont les Américains et eux seuls qui trouvent les solutions. Le contrôle de la planète par le pouvoir étasunien est clairement légitimé. Dans les trois films, les médias sont de simples relais aux informations officielles. Ils ne remettent pas en cause la version gouvernementale et acceptent l’autocensure. Une partie de Deep Impact se situe dans une salle de rédaction où l’imposition de la loi martiale ne fait l’objet d’aucune discussion au nom du patriotisme.
Les populations civiles ne sont montrées que sous la forme d’une foule passive ou paniquée. Dans les trois cas, la figure présidentielle est centrale ce qui permet à l’auteur de parler d’un cinéma « patriarcal ». Deux séquences retiennent l’attention. Dans Armageddon, le départ des astronautes qui vont faire sauter la météorite est entrecoupé avec le discours présidentiel, des images de l’Amérique profonde, des scènes symboliques en Europe et dans le monde (un café à Paris, une foule devant le Taj Mahal) et la bannière étoilée. Dans Independace Day, lors de son discours final le président explique que, le 4 juillet sera désormais la fête de la liberté du monde entier et pas seulement celle des Etats-Unis.

Morale standard

Ces films proposent tous la même morale : l’individu est là pour défendre sa famille ou se réconcilier avec elle. Au fond, la société américaine y apparaît moins comme une collection d’individus que comme un rassemblement de couples défendant leur existence et leurs enfants, lorsque le scénario nous montre un personnage restant à l’écart de ce cadre, c’est pour mieux expliquer, dans la bataille finale, la manière exemplaire dont il se rachètera en se sacrifiant pour la réussite de la mission.
Remarquons que tous ces films ont eu beaucoup de succès chez nous ; la presse, pas dupe, s’est moquée gentiment du patriotisme américain, mais pas trop, car après tout ce sont des films pour adolescents et la critique sérieuse les considère avec condescendance. Les populations de l’empire romain durent attendre l’Edit de Caracalla pour obtenir la citoyenneté romaine. Il nous reste à espérer que W. se montre digne de cet exemple et distribue généreusement la green card à l’humanité entière, conséquence logique des prémonitions hollywoodiennes. jg

De beaux lendemains, Histoire, société et politique dans la science-fiction, sous la direction de Gianni Haver et Patrick Gyger, Antipodes, Lausanne, 2002.

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