Dans le quotidien Le Temps, Mario Corti a annoncé que 3,4 milliards apparaissent soudain «disponibles» pour Swissair.Comment le citoyen moyen peut-il comprendre la faillite?
Grand entretien avec Mario Corti dans Le Temps. Reconnaissons que nous n’aimerions pas nous retrouver à sa place. Quitter la confortable quiétude de Nestlé pour l’ouragan Swissair n’est pas un petit défi. Mario Corti indique que 2,4 milliards de francs ont été provisionnés l’an passé et n’ont pas encore été utilisés. Cette somme est à mettre en relation avec la perte de 2,5 milliards des comptes 2000. Des banques ont consenti une ligne de crédit d’un milliard qui n’a pas été entamé et qui, semble-t-il ne le sera jamais.
Autrement dit Swissair a devant lui un matelas de 3,4 milliards de francs, une somme tout de même conséquente qui servira sans doute à payer l’abandon d’AOM, Air Liberté et de Sabena. Cette utilisation des provisions semble aller de soi dans le monde des affaires. Il s’agit tout de même d’une pratique très singulière.
Elle consiste, pour parler simplement, à bloquer de l’argent qui apparaîtra comme dépensé, mais dont on a toujours en fait la disposition, pour anticiper des pertes futures qui sont en général volontairement surestimées, ce qui est plutôt de la bonne gestion. Naturellement pendant qu’il est bloqué, cet argent provisionné, donc dépensé, continue en fait à travailler et à rapporter. Ajoutons que c’est une bonne affaire fiscale pour l’entreprise, car les provisions permettent de diminuer, voire de supprimer un bénéfice éventuel. Et lorsque la perte réelle est inférieure aux provisions, ce qui arrive, voilà de l’argent qui peut réapparaître miraculeusement, à moins qu’il ne se retrouve englouti dans les réserves. A noter que dans le cas de la Banque cantonale de Genève et de ses pertes immobilières, les provisions faites en 1990 ont été prélevées sur la réserve légale, ce qui ne facilite pas la vulgarisation du processus !
Nous sommes dans un domaine où une responsabilité pédagogique incombe à la presse. A moins d’avoir fait de l’économie ou du droit à l’université, le citoyen de base ignore tout de ces notions. Il croit que Swissair est au bord de la faillite et on lui dit qu’en fait, il y a 3,4 milliards disponibles. D’ailleurs on ne le lui dit pas vraiment, sauf à lire la presse dite « sérieuse ». Comment s’y retrouver ? La presse doit-elle vulgariser ces notions indispensables pour comprendre le monde de l’économie ? Avouons notre perplexité. Mais c’est un domaine où l’accès à la connaissance est capital pour le fonctionnement de la démocratie. jg





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