Dans les courses autour du monde en ballon, il y a les gentils et les méchants. L’important : qu’ils soient médiatisés.
Ca y est, ils sont partis. Qui ça, ils ? Bertrand Piccard et Brian Jones, bien sûr, nos aérostiers, les modernes Pilâtre de Rozier. Si ces grands ballons sont appelés parfois des rozières, avec z, c’est évidemment en hommage au gentilhomme messin et non aux demoiselles de grande vertu.
L’aventure semble irréfutable. Personne ne l’a fait et visiblement ce n’est pas très facile. Le feuilleton intéresse les foules. Les protagonistes sont peu nombreux, ils se connaissent et ils tiennent bien leur rôle. Richard Branson est parfait en méchant. Il est riche, sa barbe est noire, son culot immense et son mépris des règles incommensurable. Ë cause de lui, tous les autres ont été punis. Interdiction de survoler la Chine. De toute manière, le nom de Virgin (une rosière donc) a été prononcé partout et notre homme a donc atteint son objectif.
Avec lui, dans une alliance improbable, Steve Fossett. Ils ont un point commun : ils sont tous deux milliardaires. Mais si Branson est plutôt mégalomane, Fossett, lui, est une espèce de Tintin mâtiné de Richard Burton (pas l’acteur, le découvreur des sources du Nil). Il a déjà participé de manière relativement anonyme à des courses à la voile en solitaire « à la française » ; en effet ses voiliers ont régulièrement coulé loin des caméras de télévision.
Mieux vaut tomber à l’eau à Nouvel An
Après avoir battu le record de traversée de l’Atlantique en bateau à moteur, il s’est entiché du tour du monde en ballon. Il connut enfin la célébrité, il y a quelques mois, en sortant indemne d’une chute de 10 000 mètres dans le Pacifique après qu’un éclair eût frappé son engin. Avec Branson, il est d’ailleurs aussi tombé à l’eau à Nouvel An, mais de moins haut, et cette fois les caméras étaient présentes. Bref, si vous êtes superstitieux et que vous projetez des vacances sportives, n’invitez pas Steve Fossett.
Andy Elson, lui, c’est l’incompris (tel que les médias le présentent bien sûr). Il est toujours le numéro 2, les caméras ne sont pas pour lui. L’année passée avec Piccard, il avait l’impression que son rôle était au moins aussi important que celui du psychiatre lausannois, mais rien à faire, on ne parlait pas de lui. Cette année, il a enfin son propre ballon. Au moment où nous écrivons, il zigzague tant bien que mal au-dessus du golfe du Bengale en se demandant comment éviter la Chine. Pauvre Andy, c’est qu’il n’a pas de diplomate pour l’aider, lui. Si personne ne réussit cette année et qu’il remet l’exercice à l’hiver prochain, on ne peut que lui conseiller d’embaucher Adolf Ogi afin d’être enfin soutenu face à tous les méchants.
Piccard, le chevalier
Les quelques autres, on les connaît moins bien, comme le Belge Verstraeten, lui aussi un peu dans l’ombre de Piccard l’année dernière. La différence d’impact médiatique selon les zones linguistiques joue ici à plein. Les Romands connaissent tous les navigateurs en solitaire français dont on nous rebat les oreilles à chaque naufrage, mais le monde des aérostiers est nettement anglo-saxon, donc moins profilé dans l’opinion.
Et Piccard, dans ce théâtre ? Lui, c’est le chevalier blanc, le héros sans peur et sans reproche mais avec une Breitling. Il arrive presque à nous convaincre que partir d’une station de montagne encaissée entre des sommets dangereux pour une rozière, à plus de 2000 km au nord des fameux jet-streams qu’il s’agit de rejoindre tant bien que mal, est effectivement la meilleure solution. Mais les sponsors ont toujours raison, c’est bien connu. jg





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