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Cinéma: Titanic est-il un film marxiste ?

icone auteur icone calendrier 22 janvier 1998 icone PDF DP 

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Le succès de Titanic repose sur une subtile alchimie. épopée dont on connaît le dénouement, romantisme éclairé à la lumière du réalisme social, cinéma fantastique qui interroge notre attitude face à la mort ? La traversée du film ne se fait pas sans mal.
Consacrer un film à une belle histoire d’amour sur le Titanic semble l’exemple même du pari impossible. Tout le monde connaît la fin, on se doute que l’aventure de ces deux jeunes gens ne finira pas très bien. Comme il s’agit du film le plus cher de l’histoire du cinéma, on s’attend à un grand mélodrame hollywoodien aussi vide que spectaculaire. Or c’est tout le contraire. Le spectateur est envoûté pendant 3 heures 20 d’un spectacle prodigieux digne d’Autant en emporte le vent. Sans faire de la critique cinématographique, que peut bien nous montrer ce film pour que son impact soit si grand ?

Un film sur la peur

Il nous montre avec subtilité une classe dominante, qui n’est pas constituée de bourgeois fins de race, mais par des individus sûrs d’eux, de leur pouvoir et de l’avenir. Dans la scène clé du film, le héros, qui voyage en 3e classe, est invité à la table des maîtres du monde ? Il parvient à capter leur attention. Les ingénieurs l’écoutent, les aristocrates et les héritiers le méprisent. James Cameron, le réalisateur, raconte le crépuscule des rentiers, monde s’englouti ensuite dans la guerre de 14, mais aussi l’émergence des entrepreneurs, même si leur plus beau jouet, le Titanic, fut à la (dé)mesure de leurs ambitions. Il n’y a donc pas d’archétypes dans ce film, rien que des personnages contradictoires. Le spectateur ne peut que ressentir une immense empathie pour cette galerie de portraits.
Titanic est aussi un film sur la peur et l’on se souvient que Cameron est un auteur de film fantastique et qu’il signa le deuxième Alien, peut-être le plus terrifiant de tous. Le capitaine du bateau sait qu’il va mourir et l’on voit cet homme qui n’est plus lui-même, qui n’écoute plus, qui ne donne plus d’ordres, qui s’est replié dans son rêve intérieur et qui ne meurt pas dans une pose héroïque, mais dans une trouille incommensurable. On voit le second qui se suicide après avoir perdu les pédales et l’ingénieur-chef immobile, paralysé, totalement désorienté.
On voit Salomon Guggenheim, anecdote réelle bien connue, mettre sa tenue de soirée et déclarer avec grandiloquence que c’est ainsi qu’un gentleman doit mourir. Mais, un peu plus tard, dans une scène très brève, le même Guggenheim se retrouve face à l’eau qui envahit tout, le visage déformé par la peur. Et que fait la salle ? Elle rit, parce que voir cette peur trop bien représentée est insupportable. Le film montre des individus qui ont Ð termes désuetsÊÐ fait leur devoir et d’autres qui se sont révélés un peu plus faibles.
Bien sûr, il y a l’histoire d’amour, un méchant un peu trop vil, seule faiblesse du film à nos yeux, un héros un peu trop mignon, mais il n’y peut rien et surtout un des plus magnifiques personnage de femme que nous ayons vu, l’égal d’une Scarlett O’Hara. Lectrice de Freud et amatrice d’art, ramenant de Paris des toiles de Picasso, elle reste totalement incomprise par son entourage !
La plupart des articles se sont appesantis sur le symbolisme politique. Cet aspect est peu présent. Les passagers de 1ère ont eu un accès privilégié aux canots. Le film le suggère, mais sans insister. Et les scènes avec les passagers de condition modeste sont peu nombreuses. Titanic n’est pas un film à thèse, mais en exhaltant les passions humaines face à la catastrophe, il rejoint d’une certaine manière la tragédie grecque et sa mise à nu du lien social. jg

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