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Intégration : La scolarisation des enfants en situation de handicap

icone auteur icone calendrier 7 janvier 2005 icone PDF DP 

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Je me souviens encore de mon étonnement lorsque,
préparant les premiers numéros de Domaine Public, je découvris que,
dans les années soixante, le droit à l’instruction n’était pas
constitutionnellement et légalement garanti à tout enfant. En revanche
la société imposait sa norme : l’école est obligatoire. Au droit à
l’enseignement était substituée l’institution scolaire. Or l’école
publique n’était ouverte qu’aux enfants jugés aptes à la suivre. Les
enfants en situation de handicap en étaient donc exclus et leur
différence sanctionnée.
Depuis, la situation a évolué de manière
spectaculaire : l’enseignement spécialisé a été développé, l’Assurance
invalidité (AI) a alimenté des financements substantiels. Sur le plan
constitutionnel, le droit à un enseignement de base a été reconnu :
article 19 de la Constitution fédérale. Les constitutions cantonales
révisées l’ont confirmé.
Tout n’était pas réglé pour autant. Les
moyens puissants dont dispose l’AI incitaient les autorités cantonales
à rechercher sa participation financière. Le développement des
institutions spécialisées a été de la sorte encouragé au détriment
parfois de la voie ordinaire d’intégration, celle de l’école publique.
La
nouvelle répartition des tâches acceptée par le peuple a rétabli une
seule autorité et un seul payeur, le canton. Dès maintenant (art. 197,
disposition transitoire de la Constitution fédérale) les cantons
assument les prestations actuelles des homes, des institutions et des
ateliers pour handicapés. Ils disposent de trois ans pour mettre en
place leur stratégie qui devra répondre aux critères de la future loi
fédérale «sur les institutions destinées à l’intégration sociale des
personnes invalides» (LISI). Une profonde réorganisation sociale est
lancée et un de ses chapitres importants est celui de l’intégration
scolaire des enfants.

Différences intercantonales
L’extrême
diversité des déficiences physiques et cérébrales exclut des solutions
uniformes : tous les enfants intégrés dans les classes ordinaires ou
tous en institutions spécialisées. Cela admis, on est frappé, une fois
de plus, par la grande diversité d’application entre les cantons. Vaud
recourt six fois plus aux institutions spécialisées que le canton de
Neuchâtel. Et la barrière linguistique et culturelle ne joue aucun rôle
en l’occurrence. Genève, Valais, Jura se situent aussi en dessous de la
moyenne suisse.
Ces différences d’expériences cantonales
permettent de dégager une leçon incontestable, confirmée de surcroît
par des témoignages nombreux et concordants. L’intégration scolaire est
un facteur puissant d’épanouissement aussi bien pour l’enfant en
situation de handicap que pour ses camarades qui apprennent,
concrètement et non selon des principes abstraits de morale, la
solidarité. Ces gains de comportement l’emportent nettement sur
l’acquisition des connaissances où l’on n’observe pas de différences
entre l’intégration et la spécialisation.
L’intégration pour être
réussie suppose la levée d’obstacles nombreux. D’abord les
traditionnelles barrières physiques, beaucoup de collèges ne sont pas
adaptés architecturalement. Le corps enseignant doit être formé à la
gestion de cette forme particulière d’hétérogénéité. Les cadres
administratifs, eux aussi, doivent apporter leur collaboration (gestion
des transports, etc.). Enfin, chaque enfant intégré doit avoir,
parallèlement au travail collectif, ses objectifs propres qui
déterminent la nature des appuis dont il a besoin, en classe ou en
dehors.
Apprentissage de l’hétérogénéité
La réforme de base est
de poser la règle que chaque enfant est scolairement inscrit à l’école
de son quartier ou de son village. Lorsqu’il y a situation de handicap,
la meilleure solution est choisie d’entente avec les parents.
L’intégration avec les appuis qu’elle implique est la solution
privilégiée. Les institutions interviennent en seconde ligne.
Il ne
s’agit pas là d’un débat théorique. La répartition des tâches contraint
les cantons à penser fondamentalement une réforme et à assurer une
bonne collaboration intercantonale. C’est un grand chantier qui est
ouvert.
L’école est l’objet d’un débat constant sur ses exigences,
sa sélectivité et sa catégorisation des enfants. L’intégration des
enfants en situation de handicap renouvelle cette «dispute». Car il
paraît naturel à chacun, quelle que soit son idéologie, de surmonter la
déficience, de ne pas pénaliser celui qui en souffre, et de promouvoir
une pédagogie adaptée. L’hétérogénéité est ressentie comme le refus de
la discrimination, du darwinisme. Elle prend une dimension éthique. Aux
cantons, dans les trois ans qui viennent, d’en faire la preuve par
l’acte. ag

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