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Les doreurs genevois : Victimes du travail

icone auteur icone calendrier 17 décembre 2004 icone PDF DP 

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Les grands travaux se paient aussi en sacrifices humains. Coups de grisou, chutes d’échafaudages, catastrophes chimiques, il est long le recensement des victimes. Notre confort est souvent à ce prix. Les grands barrages hydrauliques se sont construits au prix d’accidents mortels. Les Cahiers d’histoire du mouvement ouvrier, dont il faut souligner la qualité scientifique et le haut niveau obtenu avec de faibles moyens, si ce n’est la compétence et l’engagement de ses rédacteurs, ont consacré leur numéro 20 à ce sujet.
Aux accidents s’ajoutent, insidieux et non spectaculaires, les empoisonnements à l’amiante, le plomb, les ravages de la silicose, etc. Liliane Mottu-Weber a étudié la maladie des doreurs travaillant à Genève (1750-1820). Au xviiie siècle, Genève était un grand centre d’horlogerie, et aussi de bijouterie et d’orfèvrerie. Pour dorer les objets précieux, les artisans utilisaient une technique faisant intervenir le mercure, incorporé, ÒamalgaméÓ à l’or, dans une proportion de huit fois le poids de l’or. Cette pâte était appliquée sur les pièces à dorer, qui étaient ensuite chauffées, provoquant l’évaporation du mercure, ce qui permettait de polir l’or resté fixé sur la pièce. L’opération était répétée plusieurs fois.
L’artisan respirait ainsi régulièrement des vapeurs mercurielles provoquant des dégâts cérébraux graves, engendrant notamment un «tremblement mercuriel». La corrélation entre le mercure et la maladie fut repérée rapidement. Mais dérisoires les moyens de précaution proposés si bien que, malgré les risques, le travail se poursuivit, comme l’attestent les registres de l’hôpital de Genève.
Emouvant cette acceptation forcée du risque mortel. Par nécessité économique. Les doreurs ne sont pas des chercheurs d’or aventuriers prêts à prendre tous les risques, mais des artisans, souvent des femmes seules, des veuves avec enfants à charge qui, pour vivre, acceptent de s’exposer aux vapeurs mortifères. Et la société le tolère. La protestation des travailleurs, la mise sur pied d’une assurance accident fut une longue, très longue conquête, qui aujourd’hui encore n’autorise aucun relâchement.

Dossier victimes du travail. Association pour l’étude de l’histoire du mouvement ouvrier (AEHMO), CP 5278, 1 002 Lausanne. Les Cahiers sont publiés par les Editions d’En bas.

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