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Socialisme : L’horizon post-capitaliste

Intronisé, le nouveau président du Parti socialiste suisse (PSS) s’exprime sur ses projets et ses convictions. Il le fait avec une grande modestie intellectuelle ; la démagogie n’est pas son style, ni le miroir aux alouettes. Mais dans l’entretien accordé au Temps (22 mars), deux affirmations surprennent, en rupture avec l’analyse et la critique socialiste classique : la fin de la lutte des classes, qui aurait perdu sa signification dans les années cinquante et soixante, pendant les Trente glorieuses, et l’absence d’alternative concrète au capitalisme.
Les Trente glorieuses sont pourtant un exemple d’école d’une exploitation de classe, celle des ouvriers étrangers, attirés avec le statut provisoire de saisonniers, donc jetables, renvoyables en situation de crise économique, ce qui fut massivement le cas en 1975. Privés de tout regroupement familial, ils payaient des impôts prélevés à la source qui, comme pour les citoyens suisses, tenaient compte des frais scolaires, alors que leurs enfants restés au pays n’en bénéficiaient pas. Certes, pendant cette période, la Suisse, enrichie par l’apport d’une main d’œuvre prête à l’emploi, a pu développer des réalisations sociales et, politiquement, affiner la concordance et la formule dite magique. Mais la lutte des classes, que l’égoïsme national rendait moins visible, était toujours en travail. Comme elle est aujourd’hui de nouveau plus apparente, l’apport de l’immigration ayant cessé ses apports bénéfiques. Si le terme est purgé de son interprétation marxiste (lutte, rôle privilégié du prolétariat, dictature du prolétariat), il demeure un instrument indispensable de la critique socialiste.
Et faut-il parler d’alternative concrète au capitalisme, pour constater que nulle ne pointe à l’horizon ? Un système économique ne se renverse pas comme on change une majorité politique. Peut-être faudrait-il distinguer d’abord le marché du capitalisme. Le socialisme est attaché à une société ouverte. Au privilège reçu, à la rente de situation, il oppose la preuve par l’acte et le mérite, notion qui dépasse le concept de concurrence, trop marqué par son usage économique et ses dérives ; le terme de concours, de mise au concours au sens le plus large, conviendrait mieux. Avec pour corollaire l’exigence forte de solidarité, les dons et les capacités de réussite étant inégalement répartis.
Le capitalisme est une déformation de la société de concours par le pouvoir conféré aux propriétaires des moyens de production (pour reprendre la terminologie classique) : pouvoir de décision, partagé avec les états-majors de direction et aussi droit d’utiliser prioritairement à leur profit la plus-value produite. Cet accaparement du pouvoir, aucun socialiste ne peut l’accepter. Qu’on relise les écrits de ceux qui à qui on n’a jamais fait la réputation d’être gauchistes : Jeanne Hersch, Pierre Graber, René Meylan ; tous fondent leur socialisme sur le refus du pouvoir capitaliste, quand il privilégie celui de l’argent, de l’actionnariat. Nul doute que telle est la conviction profonde de Hans-Jürg Fehr, son engagement le prouve. Mais comment agir ? Il n’y a pas une alternative, mais des ouvertures de fronts multiples : le développement durable s’oppose au profit immédiat ; les assurances sociales considérées comme un salaire différé modifient la conception et de l’Etat providence et du salariat ; le concept de régulation est en plein développement et rejoint celui de la planification incitative. Le pouvoir syndical limite le libre marché du travail. La liste n’est pas exhaustive. Mais c’est la convergence et la coordination de ces fronts qui remodèleront la société capitaliste. Le nouveau programme du PSS, que souhaite lancer Hans-Jürg Fehr, sera l’occasion d’une clarification.

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