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Retraites : L’espérance de vie arithmétique

Les progrès de la médecine et de l’hygiène nous font gagner chaque année trois mois d’espérance de vie statistique. Ce constat est utilisé pour justifier un allongement de la durée du travail, d’une année à l’horizon 2015, puis d’une année encore à l’horizon 2025. Certains rêvent même d’établir une corrélation mathématique entre l’allongement de l’espérance de vie et celui du travail. Pascal Couchepin s’y est essayé. En France, François Fillon, ministre des affaires sociales et du travail, de voudrait même inscrire la formule dans la loi.

Trois objections au
simplisme arithmétique
L’allongement de la durée du travail est la solution financière la plus simple, qui augmente le nombre des cotisants, donc les recettes, et qui diminue le nombre des bénéficiaires, donc les dépenses. Mais d’autres sources de financement sont envisageables : impôts directs ou indirects (TVA ou, à la française, contribution sociale généralisée). Certes, la démographie impose ses chiffres, mais à partir de ces données, les choix politiques sont ouverts. Jouer pour l’essentiel sur un seul paramètre, la durée du travail, ferme le jeu politique.
La vie économiquement inactive grandit par les deux bouts : celui de la formation et celui de la retraite. Or le temps travaillé pourrait être plus long, si celui de la formation était plus court. Est-ce possible dans une société où la science, la technique et les savoirs déterminent la capacité concurrentielle nationale ? Peut-être, si étaient mises en place des formations continues efficaces qui, certes, coûtent elles aussi, notamment en temps non travaillé ; mais ces dépenses sont plus aisément résorbables par l’économie.
Enfin, l’allongement de l’espérance de vie trouve sa limite dans la qualité de la vie gagnée. On est jeune plus longtemps qu’au temps des barbons et des duègnes. Mais ces gains, qui sont à la fois physiques et culturels, ont leur limite, celle du vieillissement naturel. La médecine est en mesure de relever, progressivement, le défi des facteurs de mortalité ; elle n’est pas assurée en revanche de pouvoir combattre ou retarder la sénescence.
Travailler plus pour une
vie de qualité réduite
En conséquence, si l’on poussait jusqu’au bout la logique arithmétique Couchepin-Fillon (six mois travaillés supplémentaires pour une année d’espérance de vie gagnée), on aboutirait à cette absurdité d’avoir à travailler plus pour financer une tranche de vie de qualité réduite. Travailler jusqu’à septante ans pour mourir nonagénaire ! Mais la médecine rajeunira peut-être les nonas ! Il est permis d’en douter et de récuser la logique arithmétique de Pascal Couchepin.

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