Voici un demi-siècle que les édiles lausannois s’obstinent à vouloir construire sur cette petite place du Rôtillon qui dégage et rend lisible la moraine de la rue de Bourg. Il y a quarante ans, la Municipalité pouvait faire valoir qu’elle n’avait pas la maîtrise du sol, que des promesses avaient été faites à une société qui se proposait d’assainir le quartier, que toute expropriation serait incroyablement coûteuse. Mais aujourd’hui la Municipalité dispose de la propriété du sol, rien ne l’oblige à construire. Et à construire un tel volume.
Les gabarits des nouvelles constructions ont stupéfié par leur hauteur, même si l’on tient compte du relèvement de la chaussée. C’est toujours l’effet goulet que Daniel Brélaz combattait avec force lorsqu’il conduisait le dernier référendum. On est stupéfait d’entendre qu’il faut densifier la ville en construisant là des logements, à cet endroit où le trafic génère bruit et pollution, alors que l’exigence de logements a été abandonnée dans la Vallée du Flon, à proximité, à quelques centaines de mètres.
La proposition de limiter à 30 km/heure la circulation automobile ne résout pas le problème de l’existance même de cette circulation. Le municipal Olivier Français a fait étudier un tunnel Sébeillon-Usine d’incinération qui permettrait d’économiser l’absurde déchoduc Blécherette-Sauvabelin. C’est l’occasion de rappeler que le socle de la colline de la Cité est extrêmement court. Entre l’Hôtel de Police et la route de Genève on mesure 660 mètres. Marx Lévy, dans des entretiens avec Jean-Claude Péclet1, avait proposé qu’on y fasse passer la circulation de transit libérant les rues basses, à partir du gymkhana routier de la place de l’Europe et jusqu’en haut de Saint-Martin. Cette idée, qui avait réuni des citoyens de toute tendance (écologistes, Défense de Lausanne, club automobiliste), avait finalement été écartée au nom du dogme que l’on n’allait pas construire pour faciliter la circulation automobile .
Le Xème avatar du Rôtillon révèle de fait un problème non résolu. Dans l’immédiat, il faut souhaiter que le référendum aboutisse et que l’on n’obstrue pas la respiration urbaine que représente cette modeste place au centre de la ville. ag
1Edition 24 heures, 1990


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