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Note de lecture: Daniel Zimmermann, un auteur du lundi

Au hasard d’une émission radiophonique, rencontre avec un écrivain attachant.

Ce fut une rencontre du hasard, de celles que la radio parfois nous ménage. En voiture, le poste allumé comme une conversation relancée pour ponctuer les kilomètres. Une journaliste de talent, Katlyn Evin, interrogeait sur France Inter un écrivain dont le parcours surprenait. Instituteur de l’enseignement spécialisé, puis chercheur en sciences de l’éducation, professeur à l’Université de Paris-Vincennes. En apparence un curriculum ordinaire de pédagogue, sauf que Daniel Zimmermann, né en 1935, était l’enfant d’un espion au service de l’URSS basé à Bruxelles. Sa mère, juive polonaise, émigrée du ghetto de Varsovie avait épousé un Alsacien d’une famille nombreuse de paysans du Sundgau. Il s’agissait d’un permanent syndical CGT, membre et même cadre du Parti communiste français, qui, d’un séjour préalable en Côte d’Ivoire colonisée, où il ne fit pas fortune, avait ramené deux enfants nés de ses amours africaines. En associant sa vie à celle de la communiste polonaise Ð le mariage fut formalisé pendant la guerre pour garantir à sa femme une protection Ð il adoptait l’enfant « bruxellois », réussissait une étrange famille aux origines hétéroclites, bousculant lors des réunions à la ferme (près d’Altkirch) les traditions paysannes ancestrales et le dialecte du Sundgau. La carrière apparemment ordinaire du pédagogue, celle de l’instit’ devenu professeur à l’Université, cessait d’apparaître linéaire. La rencontre radiophonique impliquait un approfondissement.

Une production polygraphe

Daniel Zimmermann, décédé peu après cette interview en décembre 2000, n’était pas au rayon des libraires, ni dans leurs réserves. Mais petit à petit, en tirant sur l’écheveau, en se référant aux bibliographies de la page de garde dites « du même auteur », apparaissait une production immense, polygraphe, touchant à tous les genres, dont on ne peut donner ici qu’un petit échantillon. Donc des romans pour la jeunesse (Saïd et Pilule, Hachette Poche Jeunesse, 1998), des nouvelles (par exemple Les Malassis, Julliard, 1991), des essais scientifiques (La sélection non verbale à l’école, ESP, 1992), des romans groupés sous le titre général Les Banlieusards ou Chroniques légendaires des gens sans importance, des biographies sur Alexandre Dumas le Grand (Julliard, 1993) et Jules Vallès l’Irrégulier (Le Cherche Midi éditeur, 1999), un roman érotique, Septuor, écrit en collaboration avec sa femme Claude Pujade-Renaud (Le Cherche Midi éditeurs, 2000), une anthologie, L’Humour des cocos (1990) et, plus original encore, plusieurs traités sur les arts martiaux, par exemple Le Karaté-do, techniques fondamentales (Sedicep, 1968). Un besoin irrépressible d’écrire, confessé à travers l’évocation des femmes aimées. L’ultime maîtresse (Le Cherche Midi éditeur, 2001) est son dernier ouvrage.

Un premier témoignage sur la guerre d’Algérie

Daniel Zimmermann a vécu et connu à la fois le tragique de l’histoire et sa caricature. Ses parents ont expérimenté les routines, les méfiances, les intrigues du Parti communiste français, les exclusions aussi. Sa mère, en tant que juive polonaise ayant gardé des liens avec ses compatriotes, était originellement suspecte. Mais pendant la guerre les risques pris furent réels, son amant bruxellois, le père inconnu de Daniel, avait peut être appartenu au réseau dit de l’Orchestre rouge, et il est certain que trente-sept membres de la famille maternelle furent déportés et exterminés par les nazis. Daniel Zimmermann a connu, après guerre, malgré des conditions matérielles rudes, la promotion sociale, à la mesure de son intelligence, les camps de vacances des Jeunesses communistes, le noyautage organisé, la vie des cellules, mais aussi la guerre d’Algérie. Ses nouvelles brèves, 80 exercices en zone interdite, publié en 1961, fut un des premiers témoignages sur la réalité de la guerre, les battues, les tortures, les viols. L’opposition de Zimmermann était connue, son journal lui fut volé, il fut tabassé par des sous-officiers de sa section, il pouvait craindre la balle perdue lors d’une opération. Le Parti communiste, efficace, lui fournit des vrais-faux certificats médicaux ; il put quitter la zone interdite et son licenciement fut avancé grâce à la naissance d’une deuxième enfant programmée à cette fin ! La publication de son témoignage eut un retentissement considérable mais de courte durée. Zimmermann eut droit à un procès en correctionnelle pour « injures à l’armée » et un blâme du Parti communiste pour prise de position individuelle.

Destin et littérature

Zimmermann a connu donc l’histoire et ses retombées prosaïques. Il ne fut pas un héros du dimanche pour reprendre le beau titre consacré aux siens et aux anonymes victimes ou exclus du stalinisme : Les morts du lundi (Gallimard, 1978, réédité par Le Cherche Midi éditeur). Peut-être, comme écrivain, sera-t-il aussi un auteur du lundi. Malgré cette production si diverse et si abondante, son destin ne parvient pas à se sublimer littérairement. Ce qui rend son œuvre, dans laquelle on trie pour chercher l’homme, paradoxalement si attachante. Comme psychologue, Zimmermann a fait une recherche sur « la communication non verbale à l’école maternelle ». Lui, dont le verbe est si abondant, nous invite à rechercher un témoignage authentique, en quelque sorte sous les mots. ag

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