Réactions à l’article paru dans DP 1430 consacré au statut du fonctionnaire fédéral.
Dans le débat sur la suppression du statut du fonctionnaires fédéral, il n’y a qu’un point sur lequel tout le monde s’accorde : il faut une nouvelle loi. Mais les avis divergent sur le comment. Et l’article de Jean-Daniel Delley paru dans le dernier numéro de Domaine Public ne dit pas tout. En particulier il ne dit pas pourquoi le référendum a été lancé.
La première des raisons est le salaire au mérite. Non que les fonctionnaires aient peur d’être évalués, mais la différence entre le secteur public et le secteur privé est de taille. Dans le secteur public, le paquet salarial est donné par le Parlement et n’a rien à voir avec les performances du personnel. Même si tout un office fonctionne à 120 % pendant plusieurs années Ð comme cela a été le cas du Bureau de l’intégration pour les négociations des bilatérales Ð l’administration fédérale n’a pas de moyen supplémentaire pour les récompenser. Elle n’a qu’un seul moyen : diminuer les traitements des autres fonctionnaires du même office.
Et vive l’esprit d’équipe ! Le résultat sera à n’en pas douter que les plus faibles verront leur salaire diminuer ou plus exactement devront se contenter de la part brute qui s’élèvera à environ 60 % de leur salaire actuel.
Une loi inacceptable pour la gauche
La deuxième raison est la suppression du principe de transparence sur tous les salaires. Et c’est bien logique. Les grands chefs ne veulent pas qu’on puisse voir dans quelle classe de traitement ils se sont mis et dans quelle classe ils ont poussé les personnes qu’ils n’aiment pas. Parce que c’est bien ainsi que les choses risquent de se passer. Imaginez la situation d’un chef de section qui doit faire des choix à la fin de chaque année. C’est lui et lui seul qui décidera. A l’heure actuelle, aucun critère objectif n’a été établi ni aucune procédure de recours envisagée.
Le résultat de ces deux mesures sera inévitablement un écart grandissant des salaires de la fonction publique : les plus forts vont s’arroger des mérites et des revenus au détriment des plus faibles. Et cela est inacceptable pour les partis de gauche et les syndicats.
Dans la fonction publique « actuelle » l’écart des revenus est relativement faible. Les salaires des cadres sont nettement moins élevés que dans le privé (en moyenne 30 à 40 %) alors que les salaires du personnel de gestion sont nettement plus élevés que dans le privé. Il est vrai qu’il devient de plus en plus difficile, avec la reprise, de recruter des cadres. Certains viennent pour deux ou trois ans prendre l’air d’une administration publique, acquérir l’expérience de négociations gouvernementales internationales, et s’en retournent dans leur banque privée.
Brosses à reluire
Mais faut-il sacrifier la transparence Ð condition que le FMI et la Suisse exigent des pays en voie de développement Ð la justice et l’esprit d’équipe pour se donner les moyens de mieux payer les cadres ? Même s’ils sont meilleurs au départ, vont-ils être performants dans une atmosphère où tout le monde se tire dans les jambes et où il faut brosser le poil du chef dans le bon sens pour être normalement récompensé ?
Lala Gagnebin





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