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Cinéma : Au fil de l’exploitation

icone auteur icone calendrier 16 septembre 2005 icone PDF DP 

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L’Usine, documentaire suisse actuellement projeté à Lausanne et à Genève, est un film court mais intense, qui retrace la saga de la firme Iril, implantée à Renens dans le canton de Vaud. Son histoire condense les éléments essentiels du rapide développement industriel des années dites des Trente Glorieuses. Fondée en 1951 par Jules Rime et Jean Nussbaumer, l’usine Iril SA produit essentiellement des bas, puis des collants en nylon. Cette matière qui révolutionne la mode assure son succès. Dans les années septante, alors qu’elle est devenue le n°1 du textile en Suisse et le plus gros employeur de Renens, elle occupe 1600 personnes, pour la plupart des femmes non qualifiées et d’origine étrangère. Une seconde usine est construite, ainsi que trois immeubles de logements réservés au personnel. Mais les temps changent et à partir de 1982 les ateliers ferment les uns après les autres. En 2002, Iril délocalise la totalité de sa production en Pologne.

Le mystère coupable
Pour captiver le spectateur autour de ce récit, le réalisateur, Alex Mayenfisch, joue adroitement du paradoxe apparent entre l’importance d’Iril dans le développement de Renens et le mystère qui entoure cette firme. Les documents sont rares et les témoignages difficiles à réunir. Personne, et l’actuel directeur moins que quiconque, ne souhaite parler de ce fleuron de l’industrie vaudoise. Contraint à la sobriété, le film juxtapose des séquences issues des maigres sources, alors qu’un dessin animé vient combler par moment, l’absence d’archives visuelles. Les contrastes rythment la narration. A la libération des femmes, symbolisée par les bas en nylon et la mini- jupe des publicités glamour, s’opposent les conditions de travail exécrables des ouvrières d’Iril. Et, paradoxe central du film, l’exploitation crasse des travailleurs s’oppose à leur attachement (bien qu’ambigu) à l’usine. La nécessité de donner sens et valeur à ce qui remplit son existence devient ici un terrible piège, renforcé par le rêve d’un avenir meilleur pour soi et surtout pour ses enfants. Le jeu en valait peut-être la chandelle à l’époque mais le silence qui entourait les pratiques d’Iril révolte aujourd’hui. Heureusement que l’usine n’existe plus que bien loin de notre mauvaise conscience. Là-bas où l’histoire se répète sans doute. cf

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