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Architecture : Des tours hors sol

icone auteur icone calendrier 4 février 2005 icone PDF DP 

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Cent cinq mètres, encore cent cinq mètres puis cent vingt-six mètres. La Suisse semble s’être lancée à l’assaut du ciel, laissant présager un tournant dans le rapport, jusqu’alors plutôt frileux, entretenu entre les Helvètes et les «gratte-ciel».
La Messe-Turm de Bâle, inaugurée en 2003, compte trente-et-un étages. Le dernier abrite un bar luxueux avec vue sur l’ensemble de l’agglomération rhénane. Inaccessibles aux curieux, les autres niveaux hébergent un hôtel, un restaurant, des bureaux, ainsi que le centre de service de la Messe-Basel. Face à la concurrence accrue entre les «palais d’exposition», la tour vise à affirmer l’identité de Bâle, tout en marquant l’image de la ville.
La Tour de Davos, votée par le peuple en octobre dernier, mesure cent cinq mètres de haut. Extension de l’hôtel Schatzalp, ancien sanatorium de style «art nouveau», elle surplombera le village depuis l’alpage du même nom. Les promoteurs voient dans cette réalisation du bureau Herzog & de Meuron, un projet moteur capable de devenir le nouvel emblème de Davos et de contrecarrer la perte de vitesse du tourisme aux Grisons.
La dernière-née, la Maag-Turm, conçue par Gigon/Guyer est vert translucide. Haute de cent vingt-six mètres, elle devrait principalement accueillir des bureaux. En forme de Z, elle joue avec nos perceptions visuelles. S’élargissant vers le haut, elle trompe nos sens. Cet objet architectural non identifié se veut le bâtiment phare de la Maag-Areal, dans l’ouest zurichois.
Malgré leur originalité et leur qualité, ces trois gratte-ciel suscitent de fortes aversions provoquées par l’inévitable rapprochement entre tour, béton, invivable, hideux. Ce réflexe pavlovien, hérité des cités satellites et des grands ensembles des années soixante et septante, fausse le débat et irrite les amateurs d’avant-garde. Pourtant il a le mérite de mettre le doigt là où le bas blesse : les tours d’aujourd’hui comme d’hier n’entretiennent aucune relation spécifique avec leur environnement. C’est là le seul point commun entre les immeubles locatifs bon marché du passé et les actuels édifices de haut standing pour les citadins cosmopolites. Transparents et altiers, ces derniers se doivent d’être extraordinaires, là où les barres en béton cherchaient surtout à être «standard». Les raisons de l’indifférence au contexte ne sont pas identiques : recherche d’insolite dans un monde en manque de repères dans le premier cas, recherche de réponses universelles au problème de l ‘habitat urbain dans le second.
Les trois gratte-ciel suisses déracinés, à l’image des entreprises «globales», allient subtilement particularités locales (un peu) et innovations déterritorialisées (beaucoup) pour faire signe. Signe d’une concurrence acharnée entre les villes. cf

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