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Tourisme social : Une légende métropolitaine

icone auteur icone calendrier 9 juillet 2004 icone PDF DP 

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Avec les vacances d’été, Le tourisme social, titre du dernier numéro des «Cahiers» publiés par l’Ecole d’études sociales et pédagogiques (EESP) de Lausanne intrigue. Ce terme ne sert pas à désigner les séjours où les vacanciers travaillent bénévolement pour une ONG. Le «tourisme social» renvoie à l’idée que les bénéficiaires d’aides émigreraient vers les lieux socialement plus avantageux. Ils s’établiraient dans le canton et la commune qui offrent le niveau de prestation sociale le plus intéressant au vu de leur situation.
La recherche menée sous la direction de Jean-Pierre Tabin, professeur à l’EESP, tord le cou à cette légende en démontrant que l’opacité des dispositifs, les différences importantes entre les cantons et le manque d’information disponible rendent périlleuse toute comparaison un tant soit peu conséquente. Le choix du lieu de résidence est, pour les indigents comme pour le reste de la population, prioritairement lié à la disponibilité d’un logement qui réponde à leurs aspirations. Le deuxième critère serait la fiscalité. Le «tourisme fiscal» qui vise à attirer des contribuables aisés est le pendant du «tourisme social».
Le calcul critiqué chez le pauvre «profiteur» est applaudi chez le riche, ce qui ne prouve pas que les uns et les autres se comportent selon les principes de la rationalité économique, car l’être humain est aussi émotif et sensible. C’est pourquoi les villes jouent aussi la carte du «tourisme culturel». Il suffit de jeter un coup d’œil sur les fêtes, festivals et autres animations en tout genre qui nous attendent cet été, pour se convaincre de leur importance et de leur succès. Dépaysement à domicile ou court séjour à l’occasion d’un événement particulier, les villes veulent plaire et amuser gratuitement. Partir, revenir, visiter, profiter mais ne pas s’impliquer, le tourisme (culturel, fiscal ou tout court) est l’antithèse de l’intégration. L’objectif unique est l’augmentation de l’attractivité du territoire ? et donc de sa richesse. Or personne ne sait vraiment ce qui est «attractif» dans telle ou telle politique fiscale. En revanche une certitude existe : les politiques sociales ne le sont pas ? Reste la culture. D’elle, et des événements festifs en particulier, on attend tout. Qu’ils rendent le territoire attractif et qu’ils favorisent l’intégration. Le partage d’un moment fort où «être parmi les autres»est vécu positivement (et non pas dangereusement) semble être la quintessence de notre temps. Etre touriste dans sa propre ville et s’y intégrer par la même occasion, que rêver de plus ?

Jean-Pierre Tabin et al., Le tourisme social : mythe et réalité, l’exemple de la Suisse latine, Cahiers de l’EESP n° 37. Lausanne, 2004.

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